Le syndrome de la plante grimpante

Dans tous les sens

Afin d’étoffer un peu le concept de parasitage sensoriel, j’ai essayé de réfléchir à ce qui pouvait être gênant, dans ma vie d’Hypersensible notoire. C’est qu’il y a un sacré paquet de trucs … et qu’il est impossible de penser à tout. Échantillon.

*Le toucher*

– Toucher une éponge pas essorée

– Enlever avec mes doigts la bouffe coincée dans le siphon de l’évier

– Toucher ET sentir de la viande crue

– Ramasser avec ma main les restes des autres sur la table

– Toucher l’intérieur d’une tomate (je te le concède, ce n’est pas une étape incontournable dans une vie, mais ça peut arriver).

Il semblerait toutefois que j’ai l’intolérance subjective, car venant de mes enfants, je peux –presque– tout supporter. On m’a vomi dessus, pissé dessus, j’ai accepté qu’on m’offre une crotte de nez gênante et j’ai pêché dans ma main du caca dans le bain.

Au sujet du Toucher, y’a aussi un truc qui se joue avec les vêtements. J’aime par-dessus tout, être habillée et chaussée avec des trucs confortables. Les vêtements trop près du corps accentuent mon malaise global ; social et corporel. Le string est un concept complètement impossible, les talons hauts également. L’un comme l’autre me donne l’impression d’être gracieuse comme un flamant rose. J’éprouve déjà grand peine à me présenter correctement et corriger sans cesse ma posture ratatinée. Alors une culotte rentrée dans les fesses ou une tige sous le pied, ça relève clairement de la torture. En fait, j’ai très vite l’impression d’être déguisée. J’ai affectionné très fort les vêtements de sport, de ma petite enfance jusqu’à la fin d’adolescence. Non pas par ‘’goût’’ vestimentaire ; j’en ai jamais vraiment eu et beaucoup de mal à y trouver de l’intérêt. C’était essentiellement une recherche de ce confort et aussi de camouflage, que ces vêtements amples permettent.

*L’Odorat *

– La bouffe froide, toujours elle. L’effluve d’une boite de conserve fraîchement décapsulée m’envoie aux portes de l’Enfer.

– L’odeur de cuisine du lendemain.

– L’odeur des vêtements restés dans le placard, ou en cartons. Ou celle des vêtements de mes colis Vinted, aussi lavés soigneusement soient-il. Ca sent ‘’chez les gens’’ et ça me dérange, jusqu’à ce que je les relave. 

– L’Odeur des gens eux-mêmes. Mention spéciale pour l’haleine, certains parfums, la transpiration et la clope. L’autre jour, j’étais à l’étage en train de coucher mes Nains d’Amour et j’ai ‘’senti’’ qu’une copine était rentrée et m’attendait dans mon salon. Elle avait amené une pizza chèvre-miel, mais c’est elle que j’ai sentie. Dieu préserve, son parfum est très agréable (coucou Popo).

Du côté de l’Odorat, il y a aussi de chouettes choses auxquelles je suis très sensible (on a dit que l’Hypersensibilité, ce n’était pas QUE de la merde, rappelle-toi).

J’aime très fort :

– L’odeur de l’herbe coupée

– l’odeur du bois

– l’odeur du thé au jasmin

– l’odeur de dehors, après la pluie

– l’odeur de mes enfants (toujours eux)

– l’odeur de l’Elu (parce qu’elle est ultra neutre)

– l’odeur de l’intérieur d’un livre

– l’odeur du feu de cheminée.

* Le Goût*

Trop rien à dire là-dessus, mis à part que j’aime beaucoup trop le sel.

*La Vue et L’Ouïe*

Ces deux-là, je les mets ensemble car ce sont pour moi ceux qui prennent sans conteste le plus de place et de manière très souvent simultanée. Je peux même dire que je lutte beaucoup contre l’envahissement, très souvent.

La lumière. Le mouvement. Les détails. Un cadre pas droit sur le mur, derrière quelqu’un qui me parle et je vais être gênée pour écouter. Globalement, il y a un demi-milliards de trucs qui rendent ma concentration difficile, voire réduite à néant, quand on me cause. Le cadre de travers, à l’image de tout Détail venant perturber ma sérénité oculaire.

Pendant que tu me parles, je vais malgré moi commencer à compter les carreaux sur la nappe, ou les petites fleurs, ou les trous de dentelle. Ou tout ce qui peut se compter. Je vais les compter et espérer que ça tombe sur un chiffre pair, parce que c’est mieux quand même, les chiffres pairs.

Pendant que tu me parles, je vais tenter de ne pas focaliser sur ce poil de sourcil qui est pas rangé comme les autres, ou sur l’imperfection de symétrie de la bande de tapisserie derrière toi. Je vais également lutter pour ne pas m’arrêter sur tes tics de langage et ne pas compter combien de fois tu as dit « bref », ou « voilà », ou « en fait ». Je vais recroqueviller très fort mes orteils si jamais une faute de français t’échappe.

Je déteste les mots compliqués, pompeux, spécifiques ou scientifiques et les « jargonnages ». Par exemple, l’Elu parle souvent de « la substantifique moelle » des choses.

Dieu que ça me stresse. Déjà parce que t’es obligé de dire « substantifique » en articulant, sinon tu peux pas le dire, et parce que le mot « moelle », je le trouve profondément dégueulasse et j’ai l’image d’un os à moelle qui trempe au milieu d’un pot au feu.

Et forcément, le temps que je pense à tout ça, tu te doutes bien que je ne sais plus de quoi il me parle.

Ha, y’a aussi les gens qui emploient des mots en anglais comme « on a brainstormé », ou j’ai une « call conf ». Ça m’ennuie beaucoup.

Non, j’en ai pas rien à faire, quand tu me parles. Je dois juste faire des efforts surhumains pour rester avec toi, souvent.

Tout est parasite. Une porte de placard ouverte. Le cordon gauche de ta capuche de veste, plus long que le droit. Et je te parle pas des conversations croisées, genre le repas de Noël où chacun a envie de parler à celui qui est de l’autre côté de la table, derrière les huîtres et le chapon.

Ou bien encore, du contexte du restaurant. J’ai souvenir d’une soirée au resto avec un ami. On avait réservé à l’extérieur, en terrasse. Il y avait un vent dingue, un monde dingue, et une tablée qui parlait en espagnol à côté de nous. Je regardais mon copain, mais je ne l’entendais pas. J’étais comme paralysée dans ma tête. Je n’ai pas réussi à gérer l’afflux d’informations. On a dû demander une table à l’intérieur.

Pour l’oscar de l’hyperacousie, je nominerais, dans la catégorie ‘’dégoût’’ :

  • Les bruits de bouche en général, croquer, mâcher, aspirer … avec bonus, si c’est fait en mode bétonnière grande ouverte
  • Les craquements de doigts
  • Le brossage des dents  
  • La déglutition
  • La toux grasse ou les reniflements

Et dans la catégorie ‘’agressions ultimes ‘’ :

  • Les bruits de verre et de vaisselle (idéalement, il faudrait que j’aille attendre dans le jardin quand l’Elu vide le lave-vaisselle, mais en janvier, c’est chiant)
  • Les motos
  • Les feux d’artifice
  • Le tonnerre
  • La télé ou la musique estimée (toujours) trop fort
  • Le bouchon de champagne (parce qu’en plus, y’a le suspense)
  • Le sèche-cheveux
  • Les jouets musicaux
  • Les cris de mes enfants en mode ultrasons.

En parlant d’ultrasons, le médecin ORL qui m’a fait passer l’audiogramme pour évaluer mon hyperacousie m’a dit ‘’ tiens c’est rigolo, vous entendez des fréquences comme les dauphins’’.

C’est très poétique dit comme ça, mais en réalité, c’est pas pratique.

Enfin tu vois, je pourrais t’en parler longtemps. Souvent, quand j’essaie d’expliquer pourquoi je suis fatiguée, on est dubitatif sur tout ça.

<< Elle doit exagérer un peu, tout de même >>.

Et non pourtant, j’exagère pas. C’est autant de paramètres avec lesquels je dois dealer tous les jours, pour éviter de quitter le monde des vivants et partir vivre dans une grotte.

Quoique, ça raisonne, les grottes.

Et partir vivre dans un champ. Ne voir que les gens que j’ai choisis, quand j’ai choisi, ne plus jamais aller chez le coiffeur, faire livrer mes courses par Picard et me nourrir dans des assiettes en carton.

Ooooupla, faut que j’arrête. C’est vraiment trop tentant.

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Le syndrome de la plante grimpante

Et la Plante Grimpante, donc … ?

Il y a bien un moment où tu vas te demander pourquoi j’ai appelé une catégorie d’articles comme ça. Je vais t’expliquer. C’est pour ça qu’il est spécial pour moi, ce nouveau blog, tu vois.

On va déconner, mais pas que déconner.

Je vais aussi te raconter comment mes pensées s’organisent un peu comme le réseau fluvial européen.

Ou comme le lierre, sur la baraque de ta mémé.

Pour ça, il faut remonter à la presque Genèse. C’était l’année de mes 19 ans. Un jour d’hiver, je suis partie avec les sous de mon Noël chez une psy, pour passer un test psychométrique, qu’on l’appelle. J’avais un trop gros paquet de dysfonctionnements multi-étagés sur divers plans de ma petite existence (on y reviendra, parce que c’est foutre long). Sur les bons conseils d’un prof de maths, j’avais décidé de me soumettre à l’Evaluation. Qui fut sans appel, à la récupération dudit bilan, quelques jours plus tard.

Au milieu de toute une liste de tests spécifiques normés, j’ai retenu :

  • que je souffrais d’une dyscalculie à l’état pathologique ;
  • une représentation spatiale aussi misérable (il semblerait que ça aille souvent ensemble) ;
  • ce total score de 148, un truc assez balaise, à priori.

J’ai terminé de lire mon papier dans la rue, sur le boulevard principal de mon bled, en rentrant à mon petit studio d’étudiante en droit ayant abandonné la fac (expérience absolument traumatique) au bout de 3 semaines.

Et puis, j’en ai fait une boulette et je l’ai jetée dans une poubelle.

<<WHAT THE FUCKING FUCK ?!>>, te dis-tu.

Oui, j’ai vraiment fait ça, pour une sombre raison de culpabilité envers mes parents et également un très fort malaise que je saurai se nommer, plus tard, Syndrome de l’Imposteur.

Le syndrome de l’Imposteur, c’est quand tu as l’impression de :

  • ne pas mériter ce qu’on t’octroie (qualités, capacités, possibilités, compétences) ;
  • ne pas être à ta place. Jamais. Nulle part. Avec personne.

Extrêmement déroutant donc, que de lire à son propre sujet, à l’époque, le terme ‘’surdouée’’.

<< Surdouée de quoi ?>>, me suis-je dis.

Je suis une catastrophe scolaire depuis l’âge de 12 ans. Je ne sais pas compter. Je ne supporte AUCUNE méthode d’enseignement secondaire. Je suis incapable de garder mes amis. Ou de m’exprimer en public. Je ne suis brillante en rien. Je suis impopulaire et je ne sais même pas m’habiller correctement, parce que j’en ai très clairement rien à braire.

Surdouée de quoi ?!

Dans l’inconscient collectif –et donc, le mien-, une personne, un enfant surdoué, c’est un génie. Des maths, de la physique, ou bien qui apprend le serbe en 8 jours. C’est un mec qui sort de médecine à 14 ans. C’est quelqu’un qui fait quelque chose d’exceptionnel des capacités exceptionnelles qu’il sait qu’il a.

Alors des fois, c’est peut-être comme ça. Et tant mieux. Mais souvent, je crois que ça l’est pas du tout.

J’ai jeté mon papier, parce que j’étais un Echec ambulant. Je n’ai pas voulu m’occuper, ou me préoccuper de ce truc-là. J’ai même voulu l’oublier, D’ailleurs, je n’ai plus aucun souvenir du détail du contenu. A part des figures de suites de cartes, ou des ronds de dominos. Je me rappelle des numéros de téléphone de mes copines du CM2, mais pas de ça. La mémoire sélective, donc.

Aujourd’hui, on ne dit plus ‘’surdoué’’. On dit HP, HPI, THPI. Ou même on dit ‘’zèbre’’ (va savoir pourquoi). Et ce qui caractérise, de façon assez universelle, la zébritude en question, c’est ce mode de pensée. On la dit ‘’arborescente’’. Elle porte bien son nom.

Moi, je pense en tâche de vin sur une nappe, pour un sujet cool.

Je pense en lierre ou en passiflore sur une façade de grange, pour un sujet un peu tendu.

Et je pense en barrage qui cède un jour de crue, quand le sujet m’est grave.

Je pars de Marseille et j’arrive en Italie en passant par Quimper.  

La plante grimpante, c’est celle qui continue d’envahir le mur, même quand on lui a posé des tuteurs partout. Le jour, la nuit. Elle est inarrêtable, infatigable. Ne tarit jamais.

Tu comprends maintenant, qu’il me fallait une catégorie entière pour y ranger toutes les branches. Elles sont nombreuses et je vais te les raconter souvent. Parce qu’aujourd’hui, ça me fait – enfin – du bien.

J’ai plus peur. J’ai plus honte.

Je ferai pas l’Olympia demain, mais j’ai pas envie non plus de vivre sous terre.

Je suis comme je suis. Et finalement, je crois que c’est pas si mal.

Je ne suis plus coupable. Ni redevable.

Aujourd’hui, je suis à ma place.

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Le syndrome de la plante grimpante

La Panne des Sens

J’ai longtemps perçu mon Hypersensibilité comme quelque chose de réellement handicapant, tant elle se trouve absolument partout. Elle fait partie de tout. Impacte tout. Et surtout : conditionne tout. Tout ce que je fais. Tout ce que je ne fais pas. Tout ce que j’ai eu fait, puis plus fait. Parce que c’est plus simple de ne pas faire, que de faire dans la douleur. Ne pas faire et laisser alors toute la place à de réelles mauvaises choses, telles que les angoisses, par milliers, l’inertie, dont découle immanquablement la routine, pétrifiante, mortifère. Et puis aussi la triade infernale ; aigreur, peur, rancœur.

Ha, l’évitement. Tellement plus immédiatement accessible. Aller s’allonger gentiment dans le cocon confortable de l’Habitude. On se met là, bien tranquille, on tire le petit plaid douillet en polaire sur les jambes, comme le mouchoir sur un problème. Et voilà. Le tour est joué. Jusqu’à la fois prochaine, où une nouvelle Hypersensibilité se pointera et où on fera exactement la même chose. Ne voir que le repli, comme survie.

Trop de gens à cette soirée. Mieux vaut ne pas y aller.

La météo va vite changer. A quoi bon aller se promener ?

Que va-t-on penser, si je porte ce manteau qui ne plait qu’à moi ? Peut-être devrais-je mettre autre chose. Ainsi, on ne me verra pas. Ou ne pas y aller, là non plus. Remarque. Çà sera moins compliqué.

Ne pas faire. La solution à tout, fusse-t-elle bien dommageable, pour moi et les personnes qui m’accompagnent.

Et si … c’était pas si grave … ?

Et s’il était possible de passer du statut d’esclave de ses sens, à celui d’exceptionnellement chanceux ?

Je t’entends d’ici, toi qui côtoies les affres dont je parle.

Chanceux … ? Crois-tu vraiment que ça soit une chance, que d’entendre un tic-tac derrière trois portes fermées … ?

Peut-être pas. Par contre, tu es chanceux de ressentir et vivre la musique, dans tous ses détails. De frissonner de haut en bas à la première, comme à la 53ème écoute de ce morceau, sans que tu saches précisément pourquoi.

Je t’entends encore.

Mouais. Et suis-je aussi chanceux, de me sentir à ce point violenté par les Autres ? Giflé par la médiocrité, agressé par la bêtise, bousculé par la méchanceté ?

Peut-être pas. Par contre, tu es chanceux de parvenir à lire une personne sans qu’elle ne te dévoile la moindre page. Tu es chanceux de cette intuition, qui te fait ressentir ceux qui te font du bien. Car tu sais, avec une marge d’erreur un peu moins importante que les autres, à qui tu ne perds rien à donner.

Pourquoi pas… Mais, suis-je chanceux alors, de me sentir si fragile dans une foule, oppressé par la proximité, maltraité par une simple bousculade ? Chanceux, de sentir monter le Big bang dans mon ventre, lorsque tout à coup vous êtes si nombreux que je suffoque ?

Peut-être pas. Par contre … Tu es chanceux de t’émerveiller d’un paysage comme d’une œuvre d’art et de pouvoir toucher, devant une œuvre d’art, l’âme de celui dont elle émane. Tu es chanceux de ces picotements dans la nuque et du moindre cheveu irisé au sommet de ta tête, au contact de tes pieds nus plongeant dans le sable. Ou bien d’un baiser de l’être que tu aimes, posé au coin des lèvres. Cette émulsion épidermique, comme un chat sous une caresse.

Ne pourrait-ce pas alors être une chance que d’être naturellement équipé de ces antennes ? Sentir, partout dans le corps, cette connexion inconditionnelle à tout, que certains passeront une vie à espérer connaître ?

L’hypersensibilité ne se choisit pas. Mais finalement, il n’est peut-être pas inéluctable de la subir.
Fermer toutes les portes et avaler les clés.

Ou alors …

Laisser grand ouvert, que circulent le vent, le chant de l’oiseau, le bruissement des feuilles, et la lumière. Les larmes, les éclats de rire, les frissons et la vie.

Et puis cette musique.

Pour la 54ème fois.

NB : je dédicace cet article à celui qui fut notre ami. Un vrai hypersensible. Hyperactif. Hyper-réactif. Hyper tout. Hyper trop. On garde le meilleur. Et y’en a plein. A plus, Didge.

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2 enfants : ressentis 14

Aujourd’hui, j’ai envie de t’entretenir au sujet d’un des merveilleux moments de la journée d’un enfant de moins de 6 ans (pour parler de ce que je connais). Pour ne pas dire LE moment. L’enchantement le plus absolu. Un instant de grâce ultime : LE SOIR.

Précisément, l’à partir de 18h30. Et comme j’aime bien te raconter LE truc qui va vraiment te parler, je vais rajouter un ‘’précisément bis’’ : à partir de 18h30, quand ils ont pas fait la sieste.

Houuuu je sens que tu sais. Et tu sais que je sais que tu sais.

Que ça soit l’été, soleil encore haut, et chaleur pesante, ou bien l’hiver, nuit déjà noire et givre sur la vitre, la fin de journée possède son petit goût à elle. Ce fumé bien particulier, que tu reconnais entre mille. La fin de journée, elle a la saveur de la Trime.

Ça commence tranquillement par un jeu con, que tu sais que ça va mal finir. On court en chaussettes dans tout le salon, pour aller se jeter comme une otarie sur le canapé, par exemple. Tu sais, le genre de jeu où inévitablement, y’en a un qui va se fracturer la vie en deux sur un coin de table basse.  Eux-mêmes, ils savent plus trop distinguer s’ils jouent en mode ‘’bon enfant’’ ou bien dans l’intention de pousser l’autre à sa perte. Ça joue bipolaire ; ça rit et ça couine en alternance, jusqu’au BOUM final et au hurlement sincère.

Tu vas ramasser le grand perdant au jeu de l’otarie et tu diligentes la troupe vers la salle de bain, pour embrayer sur la phase 1 de La Soirée de Semaine avec Enfants de moins de 6 ans.

Alors, j’ai lu dans certains articles, que dans certaines familles,  pour certains enfants, le bain était un moment d’apaisement et de retour au calme.

Je ne sais pas dans quelle contrée vivent ces gens, mais il faut que je les rencontre. Peut-être que j’en verrai un jour, dans ‘’Rendez-vous en terre inconnue’’ ?

En vrai, si chez vous le bain c’est une séance de méditation à ciel ouvert, contactez-moi immédiatement pour me dire ce que vous mettez dedans. Que je passe pas une journée de plus sans le savoir.

Non parce que je t’explique ; chez moi déjà, c’est Interville dans toute la baraque pour les neutraliser en vue de les amener vers la baignoire. Après les négociations, les menaces et le chantage, ils sont dans l’eau (et OUI, je fais ça, et OUI, tu peux me juger, mes principes aujourd’hui se limitent à ‘’plus de barbe à papa avant la salade’’).

Généralement, toutes les activités deviennent envisageables : arrosage intensif surtout, (dommage qu’on fasse pas pousser du maïs, on aurait les plus beaux épis du Comté), chasse sous-marine, pêche aux canards, puis doucement on va partir sur un Ventrigliss de bon aloi, planté de genou dans les côtes adverses, partie de gifles mouillées, vidage de seau sur la tête eeeeet c’est là que j’interviens, pour procéder à l’extraction du plus faible. Sous les hurlements de l’assemblée, instantanément à nouveau solidaire contre la toute-puissance maternelle. 

C’est le moment où je sèche n°1, qui hurle qu’il a froid, tout en se mettant accroupi pour me faciliter l’office, qu’alors, n°2 va s’adonner à de curieuses expériences. Toujours pareil, le genre d’action où tu te dis qu’il a plus toute sa raison. 

Par exemple chez moi, c’est le moment où ma fille va vider un demi flacon de savon sur sa main, le lécher, se mettre à pleurer parce que c’est pas bon, recommencer une seconde fois et pleurer plus fort. Là, tu le/la regardes en clignant des yeux, avec une absence totale d’expression faciale.

C’est ton enfant, tu l’aimes, mais à cet instant, tu ne sais plus quoi en penser.

Tu prends juste la mesure du fait qu’il est grand temps de passer à la phase 2 de La Soirée de Semaine avec Enfants de moins de 6 ans, à savoir le repas.

Je te passe le détail de la seconde session rodéo pour enfiler les pyjamas (parce que non, ils n’ont plus froid), et de la troisième session rodéo pour les asseoir à table.

J’ai la chance d’avoir un Élu ayant bien intégré que le soir, moins ça dure et mieux c’est pour la santé mentale de tout le monde. De fait, celui qui ne donne pas le bain aura géré le dîner. On s’installe donc à table, pour un repas d’en moyenne 12 minutes, que nous pourrons résumer comme suit :

  • Nouilles au sol : 9
  • Danette au sol : 25 g
  • Danette sur la baie vitrée : 12 g
  • Levers de maman pour aller chercher des trucs : 7
  • Température du repas de maman quand elle commence son assiette : 8°
  • Verres renversés : 2
  • Sopalin utilisé : 23 mètres
  • Pyjama à jeter : 1
  • Nombre de ‘’je veux descendre’’ incantés par La Pétoire : 88
  • Raisons invoquées par l’Astronaute pour se lever : 11 : allumer la lumière, aller jouer du piano, aller chercher un Mr Freeze, puis un jeu de Puissance 4, éteindre la lumière, fermer la porte, aller vérifier le programme en cours du sèche-linge, allumer la lumière, faire entrer le chat, éteindre le piano et claquer la porte du micro-ondes. 

Après un dîner en bonne et due forme, généralement chez moi, on dirait qu’une ogive est tombée sur la table.

Là-dessus on enchaîne sur la phase ultime de La Soirée de Semaine avec Enfants de moins de 6 ans : le coucher. En ma demeure, aucun suspense : tout le monde veut Maman. Si possible, en même temps. L’heure devient sombre, c’est 21h00, ils ont perdu tout sens commun.

L’un va se mettre à proférer des cantiques sanglotantes parce que son sticker Uranus se décolle, au-dessus de son lit. L’autre va littéralement dévisser, en jetant à toutes forces son doudou à travers la pièce, pour ensuite tomber à genoux en pleurs répandus, mains tendues vers ledit doudou, parce qu’elle le veut et qu’il est loin. Et répéter l’opération, 4 fois. 

Avec l’Élu, c’est le moment où on sait qu’il faut faire équipe. Enfin, deux équipes, en l’occurrence. Lui, il choisit souvent la Team ‘’je me couche avec toi et dans les 8 minutes, c’est mes ronflements qui te bercent’’. Moi, on me fait chanter ‘’Hallelujah’’ jusqu’à ce que mort s’ensuive (parfois 45 minutes, je chante Hallelujah’’. Respecte-moi pour ça).

Bon voilà. Neuf fois sur dix donc, un de nous (voire les deux) s’est endormi avec un gosse, émerge à 00h34, les cervicales en clafoutis, et n’a plus qu’à ramper au pieu, sans rien demander de plus.

Ainsi s’achève la Soirée de Semaine avec Enfants de moins de 6 ans.

La prochaine fois, je te raconterai comment ça se passe la nuit, chez nous.

Non parce que j’ai aussi lu, dans certains articles, que chez certaines personnes, la nuit, les enfants dormaient.

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Fucking Mommy

Je veux pas que je parle.

Bon voilà mon Cœur, ça fait un petit moment qu’on se connaît maintenant donc j’ai envie de me permettre de te dire 2-3 trucs. C’est ce que font les gens parfois ; ils ont besoin de poser les choses. Toi, les gens, c’est pas ton fort, du coup je t’explique. Enfin tu me diras, les gens c’est pas mon fort non plus, et encore moins ton père. Surtout à jeun. Mais c’est pas le sujet. Voilà quasi deux ans que j’ai pas pu me poser pour faire ce que je suis en train de faire. Il se trouve que la vie va vite, avec toi. Et avec ta sœur en surcouche, je te raconte même pas. La Pétoire, qu’on l’appelle.

Ha ça c’est sur, vous vous complétez bien, aucun doute. Les cases pas cochées par l’un le sont très bien par l’autre, Maman est absolument comblée de ce côté-là. Comblée, c’est bien le mot. Ma vie est remplie, jusqu’au débordement. En rentrer plus, ça serait en rentrer trop. Tu sais, comme le dernier Mojito, quand y’en a eu six avant.

Non, tu sais pas, chui con. Transpose en Kinder Pingui. Tu l’as … ? Voilà.

Ça, pour m’occuper, tu m’occupes. J’aurais d’ailleurs jamais pensé pouvoir être sincèrement autant occupée. C’est le genre de truc dont on s’aperçoit quand on percute qu’on s’est pas emmerdée depuis 4 ans. Jamais.

Je rêve, parfois, de m’emmerder.

Mais rentrons dans le vif, mon Chaton. Parce que tu me rends si Fière en fait, qu’il faut que je te le dise. Fière de moi, déjà. Si, c’est important, tu te rends pas vraiment compte à quel niveau, mais je te jure que ça vaut des points. Y’a encore pas si longtemps tu sais, Maman était une petite souris, inaudible, invisible, collée aux murs, tapie dans l’ombre, la sous-couche de dessous le papier peint, tu vois l’idée.

Avec toi, grâce à toi, Maman s’est découvert de la ressource, la vache ! Sacrément. Aujourd’hui, je torche plus de papiers en une soirée que la CAF toute entière en une semaine (tu me diras, c’est pas dur…). Mon planning de rendez-vous doit talonner de près celui du maire, et j’en suis aussi la secrétaire. Je suis devenue chef d’orchestre, avec une baguette dans chaque main et un métronome entre les dents, pour guider la symphonie de bienveillance qui t’entoure. Maman a sorti la pelleteuse, la grue, le tracto, et retourné une carrière de sable en entier pour que t’aies la place de jouer avec ton seau et ta pelle.

Maman se jetterait pas des bouquets de roses, là ? Si, un peu. Mais elle est fière d’elle, et il faut aussi qu’elle se le dise, parce que c’est quand même pas toujours facile-facile. Bah non.

C’est que tu me mets rudement à l’épreuve, mon petit Homme.

Y’a bien des fois où j’ai envie de te dévisser la tête, soyons francs. Quand tu me harcèles pour que j’éteigne les plaques de cuisson pour les contempler s’allumer en rouge, quand tu nous fais clignoter les lumières de la baraque si fort qu’on doit nous voir depuis Saturne, quand tu tires, et tires, et tires, et TIRES sans fin cette PUTAIN de chasse d’eau, pour voir le tourbillon s’en aller, quand tu laisses les phares de ma bagnole allumés après avoir fourré le lecteur CD avec ma carte bleue, et que bien sûr, tu ne réponds pas, quand on te demande 700 fois OU ELLE EST …

Y’a bien d’autres fois où je dois ficeler mon cœur au Chatterton, pour ne pas qu’il tombe par terre ; quand tu vas te coller contre le mur pendant l’histoire du soir, pour ne surtout pas que je te touche, quand tu hurles de peur le jour où on doit te laver les cheveux, quand tu fais des arabesques incroyables pour esquiver une caresse, quand tu me demandes de me taire, si je veux te dire dans l’oreille que je t’aime …

Puis y’a encore d’autres fois où alors là, je suis la plus Fière des mamans du cosmos, si Fière de Toi. Mon petit homme multi-talents, horloge parlante, GPS, dictaphone, traducteur, calculatrice, géographe, coureur de fond. Tant de fulgurances. Tu nous laisses sans voix parfois, ok, tu nécessites un mode d’emploi, mais tu sais, et tu fais tellement de choses ! Petit Poussin extraordinaire, je crois que je ne saurais que faire d’un autre que toi.

D’accord, parfois c’est relou. Devoir dire non à des invitations, devoir expliquer. Ou ne pas expliquer, et faire un peu plus de place autour de soi. Ha c’est sûr, l’originalité, c’est bien mieux que le Fébrèze pour épurer l’atmosphère. Mais ce qui est chouette, c’est que tu nous as appris à ne plus perdre de temps. Par exemple, moi tu vois, j’ai arrêté de prendre des nouvelles des gens qui ne m’en demandent jamais. C’est tout bête hein, mais ça recentre vachement sur les essentiels. Plus de dispersion.

On en vient du coup à la partie qui te plaira pas ; un peu comme quand tu m’empêches de chanter Céline Dion en voiture. Tu sais, quand tu hurles ‘’ JE VEUX PAS QUE JE PARLE’’, ce à quoi je te réponds ‘’ Je parle si je veux’’, et tu me réponds ‘’ Non, je parle pas si je veux’’. (Oui, ça peut être long. Et bizarre).

Bouche fort tes oreilles ; c’est le moment où je vais te dire que je t’aime, mon grand Amour de Grand Garçon. Je t’aime, aussi fort que tu aimes te perdre dans la Lune et les étoiles, petit Astronaute. Et peut-être même plus fort que tu aimes les framboises, ou Massive Attack, ou enlever le bouchon de la baignoire. Et ceci n’a rien à voir avec le fait que je te trouve hyper beau. Je t’aime parce que tu es vif, intelligent et drôle, singulier et authentique. Je t’aime parce que tu sais pas mentir, même pas pour mater 10 minutes de plus ‘’Totoro’’, le soir. Je t’aime, toi et tes étranges câlins, quand tu me sectionnes la trachée avec ton coude et que tu t’allonges sur ma tête.

Je t’aime, et tu peux compter sur moi pour passer encore le tractopelle, encore, et encore. Et encore. Péter des phalanges et des chicots, et même parler devant 8 personnes, si vraiment il faut.

Je suis fière d’être ta maman. T’es le meilleur. T’es le mien.

Arrête de crier.

 Je parle si je veux.

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La fois où j’ai accouché de nouveau – Verset 2 –

23h30

Arrivée dans le parking de la maternité. Ca rappelle des souvenirs. Sauf que la dernière fois, on arrivait peinard, en matinée, après avoir bu le café, avec 1 demi quintal de sacs, euphoriques et sautillants, comme juste avant qu’on te donne les clés du mobile home quand t’arrives au camping. Me faut environ dix minutes pour parvenir à traverser ce putain de parking  (qui fait 6 mètres de long, cependant), tant les assauts qui sévissent dans mon bas ventre se font pénibles.

Nous finissons par arriver à l’étage de la maternité où nous sommes attendus par une nouvelle gentille sage-femme … qui n’est pas nouvelle du tout, puisqu’il s’agit de celle qui était présente pour l’extraction antérieure de mon Doudou, 3 ans plus tôt (coucou Salomé). On m’entrepose sur un fauteuil roulant (oui, on en est là) et on me fait rouler jusqu’à une salle d’examen, pour me vérifier les fondations.

Avec un grand sourire, Salomé nous informe qu’on a bien fait de venir, ‘’ vous êtes à 5 cm, vous avez déjà fait la moitié du travail ! ‘’ J’ai envie de meugler à l’Élu ‘’ AH, TU VOIS !! ‘’, comme pour obtenir reconnaissance de mon calvaire, mais je sens que c’est finalement pas utile. On s’en va directement en salle de naissance où on me parle immédiatement ‘’pose de péridurale’’ et autre ‘’cathéter’’. Ces perspectives, qui avaient provoqué chez moi vive émotion la fois précédente, furent extrêmement mieux accueillies cette fois-ci. On notera donc que quand tu en CHIES TA RACE, te faire planter un javelot dans les lombaires devient un divertissement non négligeable. Souviens-toi le coup de bâton sur la gueule de Nathalie, au moment de lui déluxer l’épaule *. Tout pareil.

On me branche donc à tout le merdier protocolaire et je tente de prendre sur moi, en me répétant que y’en a plus pour très longtemps à ramasser. 

Les Bronzés font du ski

01h00.

Il se trouve que je ramasse encore, de façon parfaitement intacte et égale au moment où je suis arrivée. Je m’agace. On augmente la dose d’anesthésique. On attend.

01h15.

Je beugle sur l’Élu des ‘’ PUTAIN J’AI MAL, CA MARCHE PAS CETTE MERDE ‘’.

Salomé revient me voir. Je beugle sur Salomé un ‘’PUTAIN J’AI MAL, CA MARCHE PAS CETTE MERDE ‘’. Compatissante et dans un calme olympien, elle me fait un câlin sur le bras et augmente encore la dose.

A cet instant, si j’avais pu, je crois que je me serais roulée par terre en chialant, si seulement ça avait permis que tout s’arrête. Lola m’avait parlé du fameux ‘’cap de désespérance’’. En fait, c’est tout simplement le moment où tu crois que tu vas y rester. Je pense que je l’ai atteint vers 02h00, alors que la péridurale ne marchait toujours pas et que je commençais à vociférer des incantations haineuses serties de désespoir à base de ‘’je vais crever’’

02h12

Salomé est revenue avec une bombonne de gaz, un tuyau et un bec. Me fallait aspirer dans le bec quand la contraction arrivait, pour tenter de la soulager. J’ai procédé. J’ai très vite sentie ma tête tourner, j’ai louché aussi. Mais l’effet sur la douleur m’a semblé toujours très relatif.

‘’ HE ! Y’A VRAIMENT UN TRUC DANS LA BOMBONNE OU … ? ‘’ J’ai grillé l’Élu en train de sourire discrétos à Salomé. J’en ai conclu que j’avais parlé beaucoup trop fort et de manière pas articulée du tout,  comme après 3 Pina Colada bien tassées. Ce qui voulait surement dire que oui, y’avait bien un truc, dans la bombonne.

03h15

C’est fou comme le temps s’étire à mort et en même temps file à toute vitesse, quand on voit sa vie défiler. Les shoots de MEOPA ** font ce qu’ils peuvent, mais ne font malheureusement pas le poids contre ces putains de contractions. C’est un peu comme vouloir arrêter un train avec un drapeau ; l’intention est attendrissante, mais ça s’arrête là.

** Gaz analgésique

03h30

On est venus me changer la bâche sous les fesses. J’étais justement en train de me dire que je trempais dans une sorte de bain de siège à température idéale. La nature est bien faite. Calicéo, mais sans les bulles.

03h40

J’étais à 2 doigts de rendre les armes quand Salomé est venue m’annoncer qu’on changeait de produit dans la péridurale. Je crois que s’il m’était restée de la force pour lui répondre, j’aurais plutôt tenté de négocier une anesthésie générale.

03h45

Un côté de mon corps semble s’engourdir. Mais pas l’autre.

03h50

On est revenu me tourmenter à base de ‘’on va vous faire allonger sur le côté qui s’anesthésie pas’’. Autant te dire comme la manœuvre fut enthousiasmante. Certainement aussi délicieuse que de faire de la balançoire sur une hémorroïde. Ou de jouer au frisbee avec un coude luxé.

03h55

Picotements dans les orteils. Des deux pieds. Ca y est.

Gloire à toi, Salomé.

03h58

’Allez, on s’installe, on va pousser un peu’’. Nous y voilà. Mise en place dans la position la plus impudique que la terre ait portée. Jamais de la vie, en temps normal, personne n’accepterait de se montrer sous cet angle, dans ce contexte, ou dans un autre (enfin, je crois). Mais là, tu t’en fous. Tu sais que la personne en face de toi est justement là pour t’aider à en finir avec cette situation, donc tu as à cœur de lui faciliter la vie. On a commencé à pousser, donc. Je dis ‘’on’’, car l’Élu aussi, il poussait. A côté de moi, une main derrière ma tête, il était là, ayant eu la très appréciée présence d’esprit de surtout fermer sa gueule, et il poussait, avec moi. 

04h15

Alors à priori c’est ‘’super bien ce que je fais’’, mais toutefois pas assez efficace. On a commencé à m’entretenir du fait que quand on approche la demi heure de poussée, on convie le/la gynéco pour le dessert. Je suis à peu près certaines que toute gonzesse qui se respecte, à ce moment-là, voit danser au plafond l’ombre des mots ‘’ spatules’’, ‘’forceps’’, ‘’ventouses’’ et autre ‘’césarienne’’ (putain non, pas encore !). Du coup, si y’a un moment dans ta vie où tu te dis qu’il faut tout donner (et tant pis pour la blouse en face, soyons clair), c’est maintenant.

04h20

‘’ – Elle arrive ! Vous voulez toucher sa tête ?

– Ca va pas ou quoi … ? ‘’

De toute évidence, il faut conclure.

04h22

Le chrono s’est arrêté.

Alors c’était toi qui me filais tous ces coups de latte. Et puis qui m’empêchait de boire du jus d’orange. Et qui avait le hoquet sans cesse. C’était toi qui me donnais envie de bouffer du bacon à quatre heures de l’après-midi. Et qui me faisait chialer pour rien. C’était toi qui me faisais gerber à la moindre odeur de café, puis qui m’en a fait boire des litres, alors que j’ai jamais aimé ça. Tout ça, c’était toi, alors que tu es si petite.

Tu as crié bien plus fort que ton frère, avec tes 700 grammes de moins. On est le 20 avril, il est 04h22 du mat’, on est en train de me tripoter le placenta et tu sais quoi ? Je m’en fous, parce que tu es là.

Tu es là, et tu es belle et toute tiède, petit animal crispé qui fouisse dans mon cou.

Tu es là, ma petite fille, et tu viens magnifiquement fermer la marche de notre jolie famille.

Tu es là, petite personne, et nous sommes les plus heureux du monde, pour la deuxième fois.

Bienvenue, ma Nourrissonne, Papa, Maman et ton grand frère vont prendre bien soin de toi.

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La fois où j’ai accouché de nouveau – Verset 1 –

La dernière fois que j’ai écrit, ça faisait bien 1000 ans que je l’avais pas fait. Ce coup-ci, ça fait encore plus 1000 ans, car devine quoi ; entre temps, j’ai conçu de nouveau. Et cette fois-ci, j’ai engendré de façon classique et appropriée. Oui, Madame. Comme quoi, c’était possible.

Alors qu’on soit d’accord ; on peut pas prétendre que c’est plus facile. Plus court, certes.

Tu te souviens que j’avais mis 2 jours pour convaincre mon Doudou que la vie extra-utérine valait le coup et que pour l’occasion, il avait bien fallu 2 articles. 

Cette fois, j’ai pas mis 40 PUTAINS d’heures. Mais il faudra AUSSI 2 articles. 

Ouuuuuh, commence pas. Je fais ce que je veux. 

Allez, je sens que tu trépignes des orteils.

Je te raconte.

Tout a commencé en l’an de grâce du 19 avril dernier. Alors c’est drôle : accoucher parfois, tu le sens venir alors même qui s’est encore s’est rien passé. Un peu comme ceux qui ont mal aux genoux quand il va pleuvoir.

On était donc un jeudi soir. L’Élu était sur le départ pour répétition musicale avec l’orchestre.

Me souviens qu’une légère pointe micro-douloureuse au niveau du rein gauche m’a fait lui demander de garder le téléphone pas loin, ce soir-là. ‘’ Il se passera rien, mais en cas que …’’ .

Me souviens m’être sentie suffisamment bizarre pour envoyer 2-3 textos à 21h00 passé à ma gentille sage-femme, (coucou Lola) qui m’a gentiment répondu. Sur ses conseils, j’ai pris deux Spasfon et une douche. Et je suis allée me coucher.

22h20.

J’avais éteins depuis … allez … 2 minutes 12 secondes que … Floutch. ‘’ La vache, c’est la fuite urinaire la plus velue du Portugal ’’, me suis-je dis, plutôt étonnée, mais sereine. Et puis très vite, je me suis plutôt dis ‘’ HA MA’ FACKING GAD ‘’, plus sereine du tout. De toute évidence, on n’était pas sur de la fuite urinaire. Je me suis levée promptement, avant de finir d’inonder notre très précieux matelas king size, et j’ai commencé à tournoyer dans la chambre, à la recherche d’un truc pertinent à faire.

Alors il faut savoir que la pertinence, c’est pas forcément la chose qui te caractérise, quand on te prend par surprise comme ça. Du coup, je suis partie, en mode ‘’escargot après la pluie’’, jusque dans la salle de bain, et je suis allée m’asseoir dans la baignoire. Oh, ne ris pas. J’avais aucune notion de ce que représentait une perte-des-eaux-surprise, étant donné que la dernière fois, tout était programmé, m’allégeant ainsi de toute possibilité d’initiative. Mon imaginaire étant manifestement hyper fertile en condition de stress, je m’attendais à un torrent de flotte opaque, jaillissant de ma culotte avec un PTSSSSSCHHHHHHHH de tuyau d’arrosage non maitrisé, s’enfuyant par le siphon dans un tourbillon, comme le déluge dans la rigole d’une rue en pente (au minimum).

Première désillusion : je me suis contentée de ‘’fuir’’ mollement, un peu comme le liquide de frein sous ma bagnole : tranquillement et surtout, sans bruit. Un peu déçue, donc.

22h30.

Séant posé dans la baignoire donc, j’envoyais un texto de bon aloi à l’Élu pour lui suggérer promptement de rentrer, quand soudain … ‘’ Ouh ! Hé, ça ressemblait à une vraie contraction, ça. Et ça pince, dis. M’enfin si c’est que ça, y’a pas non plus de quoi lacérer le papier peint,‘’ me suis-je dis, naïve et débutante.

22h45

C’est suspendue au radiateur que j’accueillis les contractions suivantes, en laissant échapper des petits ‘’ Waaashhhhh sa mère … ‘’ contenus et chuchotés, pour ne pas réveiller mon Doudou qui devait baver sur son coussin à cette heure, bien loin de mes problématiques utérines. C’est donc dans l’intervalle entre chaque salve que j’ai commencé à faire mon sac pour la maternité. Hé beh oui, à un mois du terme, je pensais avoir la vie devant moi, pour faire ça. Débutante. Againan’again. 

L’intervalle entre les contractions, c’est la zone Duty Free de l’aéroport. C’est le moment où tu peux faire tout ce que tu peux pas faire avant, ni après. Me reviennent les mots de ma gentille sage femme (toujours elle) à ce sujet. ‘’ Les vraies contractions, c’est celles qui vous obligeront à arrêter tout ce que vous êtes en train de faire’’. Ha beh c’est vrai. En fait, c’est même pas que tu peux plus rien faire. C’est que tu peux même plus PENSER. La seule chose qui te vient, c’est qu’il va pas falloir que ça empire trop parce que ça commence à devenir pas drôle du tout.

22h50

Arrivée en trombe de l’Élu, qui jette ses guitares dans l’entrée en riant nerveusement. Jamais le type était rentré si vite de répet’. Le coup de l’accouchement, on n’y pense pas assez. A garder derrière l’oreille. Pépé et Mémé sont dépêchés pour venir superviser Mon Doudou. En les attendant, je me dis qu’il serait peut-être opportun de commencer à calculer le fameux intervalle. Parce que je sais pas si c’est la douleur ou le stress ou mon cerveau qui perçoit mal, mais j’ai comme la sensation qu’elles sont un peu rapprochées, les contractions. Genre on a plus trop le temps d’hésiter entre la barre de Toblerone et les pastilles à la violette, à la boutique du Duty Free. 

23h06

J’ai bien fait de me pencher sur la question. On est à 3 minutes d’intervalle, en fait. Petit coup de fil distingué à la maternité, qui nous suggère,  dans le calme, la bienveillance et le souci de ne pas nous terroriser, de venir IMMEDIATEMENT. Ça tombe bien, Mémé passe la porte. A en croire le côté droit de ses cheveux explosés en l’air, le bas de pyjama et les chaussons ; elle avait engagé sa nuit depuis environ deux heures. Pardon, Mémé. Pépé est là, lui aussi, et, comme son fils, il rit, sans trop savoir pourquoi, il est surement content et stressé en même temps. Mon Chaton ainsi confié, Mémé et mon Élu me brancardent promptement dans la voiture, telle une souche de platane, figée et couinante, à moitié à poil, à moitié chaussée. Je me sens obligée d’expliquer à Mémé que j’ai pourri les draps, l’Élu me susurre un ‘’ ON S’EN FOUT, BORDEL’’. Et nous voilà partis.

23h15

Accrochée au truc pour s’accrocher (oui, j’ai vraiment écrit ça) du plafond de la voiture, j’entre, de façon sonore, dans le moment où ça fait plus du tout rire. L’Élu n’a plus vraiment envie de rire non plus ; il se fait tous les feux rouges comme dans les films et je sais qu’au fond de lui, en secret, il espère que la mise bas ne se fasse pas sur le siège passager de la 306.

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Le cas du Père

La semaine dernière, je buvais le café avec ma copine blondasse, fraîchement débarquée dans le monde de la maternité. Nous débattions au sujet de la toute relativité de l’épanouissement post-partum quand soudain, on a violemment dérivé sur Le Cas du Père. De la frustration naquit l’aigreur et de là, émergea le besoin de chier sur la vie (ou sur tout être vivant faisant partie du paysage relationnel proche). Du coup, et plutôt naturellement, Le Père, fut tout indiqué.

Nous nous sommes rapidement rendues à l’évidence que les essentiels Père/Mère, en terme de gestion de progénitude, ne se plaçaient généralement pas DU TOUT au même endroit.

Tu vas comprendre. Prenons le cas d’un départ en vacances.

D’un côté, nous trouvons : une sorte de psychopathe qui établit compulsivement des listes, pour être certaine de palier à TOUT ce qui pourrait s’abattre sur le gosse, sur les 12 années à venir, à savoir :

–       Canicule

–       Froid polaire

–       Blizzard

–       Attaque de criquets

–       De loups

–       Au gaz

–       Eboulement au 4ème degré

–       Chute de météorite

–       Plus sobrement, pour : si on va à la plage, si on part en montagne, si on fait de la varape ou du sous-marin.

C’est tout naturellement que nous prendrons LE MEUBLE à pharmacie pour s’il est malade, un quintal de couches pour pas devoir ‘’acheter sur place’’, de quoi lui préparer à bouffer sur 3 générations et puis l’incontournable triade : lit parapluie/poussette/chaise haute, histoire de tester correctement les amortisseurs de la bagnole. Ah, et puis une caisse de jouets, pour le trajet.

Et le goûter.

Et le doudou.

Et puis de quoi le changer, s’il a chaud pendant le voyage, le pauvre.

A côté de ça, t’as le Père. Le Père, il aura plutôt tendance à s’occuper de l’héritier (e) comme de lui-même.  Le Père ne fait pas de liste. Il va à l’Essentiel, le matin même du départ, en se malaxant les parties. Et l’Essentiel, pour le Père, c’est que le gosse soit :

–       Plus ou moins habillé

–       Plus ou moins nourri

–       Plus ou moins propre

–       Vivant.

Tandis que tu vas te molester pendant une demie-journée parce que tu as oublié de prendre le transat’ du nain pour la plage, le père ne sera même pas effleuré par l’ombre de l’idée que ça puisse être un problème. Un trou dans le sable : le moutard est calé. What else ?

T’as oublié cette boite de lait épaissi à l’odeur aussi inconcevable que le prix. Tu es, de fait, en train de te traiter d’ignoble indigne bougresse mal famée, en PLS dans un coin de la cuisine.

Le Père, lui, au moment du constat de l’oubli, ira pépèrement dans le frigo chercher une compote et 2 boudoirs, pour remplacer. Terminé bonsoir. Puis, quand il aura 3 minutes, descendra à la première pharmacie du coin et ira chercher une boîte dudit lait de l’infamie, qu’il paiera la peau des rouleaux, en sifflotant. Et il s’en foutra cordialement : il est en vacances.

Ca marche pour à peu près tout. Ce que tu qualifieras d’abjecte négligence ne sera pour lui que pragmatisme et à l’inverse, ce qu’il estimera psychorigidité sera pour toi assurance de tranquillité et sentiment du devoir accompli.

Continuons.

Le gosse vient de se ramasser la muselle sur le bitume, devant la maison. Spontanément, tu vas courir vers le petit être dégoulinant de pleurs et de morve afin de le serrer assez fort pour étouffer ton propre mal-être de le voir en chagrin. Le drame qui se joue dans ton cœur à ce moment, où tu vois ce tout petit, chair de ta chair putain, complètement possédé par le désespoir, est totalement proportionnel à son état.

Et puis, le Père. Lui, il va ramasser le mouflet, lui épousseter les graviers plantés dans les coudes, le gratifier d’un câlin viril qui sent l’after shave et ponctuer d’un sobre : ‘’ Bah oui, Doudou. Tu t’es croûté. ‘’ Fin.

T’as aussi : La soirée chez des potes. Celle où on amène le gosse. Toi, Maman soucieuse du besoin de ton oisillon, pétrie de bienveillance, tu vas prendre 20 minutes pour matérialiser les lieux dans ta tête, avant même de partir, et tenter de visualiser tout ce qui serait susceptible de tuer le gosse.

Ca peut donner : – ‘’ Bon, on leur dira d’attacher leur con d’énorme chien dehors, c’est quoi déjà, un Terre-neuve ? C’est dangereux ça, c’est chiant. Puis on dira gentiment aux gens d’aller fumer ailleurs, aussi. Et de pas crier, une fois qu’ils seront saouls. Puis y’a ce balcon là, ça me fait chier ce balcon. Quelle idée d’avoir un balcon aussi. Au pire le chien, on le bute, discretos. C’est dangereux, un balcon. On leur dira de pas ouvrir la porte fenêtre. J’espère qu’on pourra monter le lit parapluie dans leur bureau et que y’aura pas trois-cents connards qui rentreront. Ça m’énerve cette histoire de balcon. Le premier qui le réveille, j’te jure que je le crève. Les gens respectent vraiment rien. Putain, je crois que j’ai pas envie d’y aller. ‘’

Tout ça en faisant une prière à Shiva pour qu’il n’y ait pas un bol de cacahuètes qui traîne sur la table basse. Tu vois la sérénité, quoi.

Le Père, par contre, il est détendu de base sur le sujet.

En fait, il voit même pas le problème. En fait, le seul problème qu’il voit présentement, c’est toi. Et c’est pas qu’il s’en fout, du gamin, nenni. C’est juste que Lui, il prendra 2 couches, un Blédi Chef blanquette et bisou.

Et au bout du bout, tu seras bien obligée de te détendre, parce que :

– Force est de constater que le gosse est trop heureux de jouer avec le chien qui en fait, (pas comme dans ta tronche tordue) est bien plus petit que lui.

– Parce que tout le monde (ou presque) y fait attention.

– Parce qu’il est trop gros pour passer entre les barreaux du balcon.

– Et parce que y’a même pas de cacahuètes.

Au final, t’es bien obligée de concevoir que la désinvolture paternelle, aussi agaçante soit-elle tant elle ne rentre pas dans tes lubies protectionnistes, bah elle peut aussi tendre à te détendre.

Et ça, c’est pas dommage, ma grande.

Sur ce, j’te laisse.  J’entends l’Elu dire à mon Poussin qu’il allait lui faire monter l’escalier ‘’comme un super-héros’’ et je dois aller vérifier qu’il l’a pas installé dans une fronde à triple propulsion carpée.

En cas. 

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Ses moeurs et tes principes

C’est pas tout, mais une chose en entraînant une autre, ce gosse a passé l’An. 

Tu vois, là je fais genre  »sans transition », comme si la dernière fois que j’avais écrit c’était y’a 10 minutes alors que je sais très bien que j’ai rien branlé depuis février.

Ca va, je M’EXCUSE. 

Donc. Il a eu un an. Il a même présentement seize mois. Alors oui ; jusqu’à ce que ça devienne clairement une défaillance oedipienne, on compte en MOIS. Ça doit avoir une vertu apaisante selon laquelle ton enfant serait encore un bébé alors que PAS DU TOUT, puisque dans la vraie vie, seize mois, ça fait presque un an et demi.

Bref ; ça fait un choc ; le nourrisson n’est plus. Terminée, cette petite chose avide et dépendante, qui se vautrait avec ferveur dans ton cou tel un dessous d’escargot tiède.

Feu-le-nouveau-né a développé une personnalité propre, avec des intérêts, des trucs qui le fascinent, d’autres trucs qui le saoulent, ou qui le font flipper, ou rire. Il est bien loin, le poupon semi-strabique qui dormait 19/24.

Par contre, voilà,  »ces choses » qui le font réagir, sont généralement assourdissantes d’étrangeté, pour un adulte primipare. 

Parample. En terme d’intérêt cosmique, on peut noter cette passion brûlante pour le cycle C de la machine à laver et son programme d’une heure et demie. Hurlements frénétiques, incantations et offrandes de boudoirs dans le trou du hublot, crise d’hystérie lors de l’enclenchement de l’essorage. Un très grand mystère.

Y’a aussi cette vénération pour les boites Tupperwares, qu’il va chercher, fébrile, dans le placard, pour te les balancer avec enthousiasme dans le péroné à chaque fois que tu fais à bouffer. Un semi-remorque de JOUETS plein la casbah, mais NON,  » MA VIE CONTRE UN TUPPER  ». Etant des puceaux de l’enfant en bas âge, nous nous émerveillons chaque jour de cette insatiable curiosité.

Mon fils, comme tout autre merdaillou de moins de 18 mois, donc, s’intéresse aussi vachement à … à peu près TOUT CE QUE JE FAIS.

S’t’a dire que rapport à l’intimité, si t’es pudique, c’est mal engagé. De fait, il te mate allègrement sous la douche, sans AUCUNE retenue.  Le mec est au cinéma. Genre s’il avait des molaires pour le pop-corn, il se priverait pas. Toi t’es là, en plein deuxième couplet de  »Je te donne », tressautant de la fesse dans ta baignoire, de la mousse plein le *SIF*, quand toutacou, tu visualises, en bas à gauche, ledit lutin tenant le rideau grand ouvert d’une main, en train de te reluquer le zboub avec une circonspection presque vexante. Et tout ça est NORMAL, parait-il. ‘Fin tu m’excuseras, mais je persiste à penser que si on se comportait comme eux, on aurait des problèmes. *Sillon Inter Fessier*

Ensuite, le passage sur le  »met tout à la bouche » est somme toute assez convenu, mais me semble important. Tu prends, avec le petit d’homme, la toute-immense-mesure de l’expression TOUT-A-LA-BOUCHE. Dans une journée, le type aura sucé de la terre, des cailloux, ses godasses, tes godasses, la bouffe du chat, le coussin du chat, le chat, le jean de ta voisine, ton sachet de thé usé, son chapeau, tes clés et à peu près tout objet ou être vivant nouveau entrant dans le champ des possibles. Il paraîtrait une nouvelle fois que c’est NORMAL. On reste des animaux, après tout.  

 Mais assez parlé de lui. Parce que celui qui agit aussi de manière surprenante, indécente, voire amorale, c’est toi, Parent naissant.   

De fait, bouffer un truc qui a visité la bouche de ton Petit Ouvrage avant la tienne te paraît tout à fait admissible. Et combien de fois tu t’étais dis, en voyant des parents faire ça : ‘’ Putain, c’est vraiment dégueulasse’’… ?

Plein.

Ne mens pas.           

 De la même façon, tu le soulèves au dessus de ton pif et lui renifles le derche pour savoir s’il est temps de procéder. Hé ouais. Ça va bien plus vite que d’essayer de le neutraliser dans toute la baraque pour le déshabiller, constater que y’a rien, le rhabiller et prendre trois coups de talons dans le foie. Toi même tu sais. 

Quand tu passes l’An de pratique de ton Chef-d’œuvre, c’est aussi le moment où tu te réorganises les Principes. Rappelles toi de cette petite liste écrite dans ta tête pendant 9 mois sur du papier d’or, en jolies lettres arrondies, à base de ‘’ MOI, pour MON ENFANT, ça sera comme ci, et comme ça’’. Ris, maintenant. Ris très fort.

Tu te rappelles la fois où t’as dit à une copine un truc du genre :

– ‘’ Non parce que y’a pas de doute, c’est comme pour nous quoi, quand c’est fait Maison, ça se sent et c’est meilleur, et puis bah t’as la fierté d’avoir fait un truc pour ton petit en plus, quoi’’. 

Alors sur le principe, ouais hein. Bien sur. Mais t’as toujours ce moment où tu t’es lourdé sur le timing et que tu vas pas pouvoir le contenir pendant 15 minutes du temps que Babycook fasse son office. Alors OUAIS, tu vas ouvrir un POT-TOUT-PRET-ET-MEME-PAS-BIO. Ça va, toi aussi des fois tu t’envoies un gros McDo bien sale, personne n’a dit que ça serait Menu Gourmet tous les jours, faut se calmer. Si tu l’habitues à la table du Capitaine tous les midis, Après il saura pas gérer la confrontation avec le Dégueulasse et on va en faire un petit prince sociopathe, c’est pas non plus le but. (Tu perçois la notion de ‘’s’arranger la conscience’’ ?…).

Y’a aussi ce moment où t’as dit (ouais, t’en as dit un paquet, des conneries, avant de Savoir) :

– ‘’ Ah non mais moi, la télé pendant qu’on mange, c’est totalement proscris, quoi. Je veux que mon enfant visualises que le moment du repas est un espace d’échange et de partage avec autrui et qu’il découvre de nouvelles saveurs de façon ludique et adaptée’’.

Dans la vraie vie, toujours, ta descendance en a rien à foutre de ton brocoli. Même si tu fais la fusée avec. Et le seul truc que t’as trouvé pour l’empêcher de se faxer sous la tablette de sa chaise haute, c’est de le faire bader cette catin hurlante de Reine Des Neiges. T’en veux du ludique ?

Je sais que tu te reconnais, fais pas genre ‘’ chui pas concerné(e) ’’.

T’as peut-être même fait pire. Alors remercie-moi.

Tu n’es pas seul(e). 

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