Toute la vérité

IMPARFAITE

C’est la deuxième fois seulement pour moi, que je me retrouve devant une feuille, sur laquelle je sais que je vais poser des mots sincères.

Ce ne sont pas ceux que j’aligne d’habitude, pour qu’on se dise que j’écris bien, ou encore pour vous faire chialer, chavirer ou rire. Ca, je sais le faire, c’est un exercice de style maitrisé dont j’ai usé et abusé. Jusqu’au bout de ma corde.

Aujourd’hui j’écris, pour présenter mes excuses. Parce que voyez-vous, je vous ai tous pris pour des bûches, de près ou de loin et depuis toujours.

Tu te rappelles de cette meuf parfaite, qui semblait être une pieuvre tellement elle avait de bras, pour faire croire qu’elle arrivait à tout gérer. Celle qui parvenait à faire 3 gâteaux de chef pour ton anniversaire, donner un biberon, garder la ligne et même rester coiffée.

Celle-là. Cette espèce d’entité suspecte en verre bien nettoyé, dont on ne connaissait ni réellement les envies, les idées, les croyances, les pensées, celle qui faisait des choses, juste parce qu’elle espérait qu’on n’allait jamais cesser de l’aimer.

Celle qui s’est toujours planquée derrière quelque chose ou quelqu’un, parce qu’elle avait honte d’exister. Celle que jamais de ta vie t’as pu entendre parler fort ou voir danser, sauf quand elle est bourrée.

Celle qui ne donnait finalement rien, à part des réceptions propres et ORGANISEES, des conversations convenues et puis surtout des jugements, distribués gratuitement. Celle qui a fait, mal, souvent.

Y’en a eu pour tout le monde, que personne ne se sente lésé.

J’ai jugé mes Amis, j’ai jugé ma Famille. J’ai jugé mon Grand Amour.

J’ai jugé les Autres, tous les jours, de leurs failles, leurs faiblesses, leurs blessures, leurs vies, leurs passés, leurs présents, leurs actions, leurs choix, leurs échecs. Leurs Personnes.

J’ai donné mon avis, à tort et surtout à travers, même quand on me le demandait pas.

Je présente mes excuses.

A mes Amis, pour avoir souvent été injuste, dans mes propos, ou bien dans mes pensées, quand je ne vous faisais pas part de mes propos. De ne souvent pas avoir su vous accueillir tels que vous étiez.

Je présente mes excuses.

A ma famille, au sens large. Pour n’avoir souvent pas pu voir au-delà de ma colère ou de ma rancœur, ou des blessures de l’enfant pas soignée. Pardon de vous avoir souvent jugés, dans vos actes, vos manquements, vos loupés.

Je sais aujourd’hui, que l’on fait ce qu’on peut, avec ce qu’on est.

Je présente mes excuses.

A toutes les personnes que j’ai pu croiser, et à qui j’ai voulu faire croire que j’étais Parfaite. Un sourire de papier glacé, des cheveux bien lissés, des crêpes à la fleur d’Oranger quand tu viens pour le goûter.

Et surtout une pile de conseils à donner.

J’ai été malhonnête, souvent fausse, profondément injuste. Empêtrée dans mon silence, dans mon Rejet, j’ai étranglé toute seule ce que j’avais de beau pour vous honorer, chaque souffle de La Vie ; bouger, pleurer, agir, réagir, accueillir, aimer, dire Pardon, et dire Merci.

Ces terreurs de faire mal, qui font plus de mal que le mal lui-même. Qu’importe les « raisons » finalement. Les peurs et les croyances d’antan, qui ont conduit tout ceci.

J’ai brisé et perdu Celle que j’aime, le résultat est là, aussi.

C’est souvent au pied du mur qu’on se rend compte de ce que l’on a été, de ce que l’on a fait, de ce que l’on avait, de ce que l’on a démoli.

Par tout ce qu’on n’assumait pas.

Putain, aujourd’hui, aucune Fête de l’école ne m’empêcherait d’être à son bras.

Je suis là maintenant, à 05h du matin, avec ce besoin viscéral de vous dire que j’arrête tout ça.

Arrêter d’avoir peur, poser les masques et les armes, le sac à dos, Tout.

Faire confiance, à Moi, à la Vie.

Je veux être Imparfaite.

Je suis réelle, une Humaine, qui porte des joggings le soir, qui parfois à envie de dire ‘’Non, j’ai pas envie de venir à cette soirée, je préfère rester dans mon canapé’’. Qui arrive à l’arrache à l’école, qui ne fait plus des sablés pour la kermesse, qui peut prendre une cuite en pleine aprem et la regretter, qui s’en veut pas parce qu’elle n’a pas été courir depuis 1 mois, qui s’en contrefout si son Amour n’est pas normé, qui va pleurer chez une amie, la gueule en vrac et pas maquillée, qui s’en branle que son linge soit pas plié, et qu’importe, si demain, les devoirs sont pas faits.

J’ai posé l’armure, avec la pelle à tarte, les fausses bonnes intentions, la peur de pas vous plaire et lorsqu’on se reverra, je vous présenterai alors qui je Suis.

Je suis une Femme, qui n’a jamais demandé pardon à personne jusqu’alors, et pour qui déposer ceci devant vous, est aujourd’hui une nécessité.

Et devant Toi, mais tout ça, tu le sais, déjà.

Je suis une femme, qui regarde ses Erreurs, et qui n’aura plus jamais peur de décevoir personne, car désormais, elle sait ce qu’elle veut, ce qu’elle aime, qui elle Aime, et qui Elle Est.

Que tout est possible, quand on est Vrai.

Par défaut
Le syndrome de la plante grimpante

DRACARYS

D’aussi loin que je me souvienne, s’il y a bien un truc dont j’ai renié
l’existence toute ma vie, c’est l’expression de La Colère. Enfin je veux
dire. Je savais que ça existait. Mai
s chez les autres, quoi. Pas chez moi,
pas dans ma famille. C’était une sorte de légende urbaine selon
laquelle parfois, les gens pouvaient s’emporter et se mettre à faire des
trucs.
Comme crier, taper sur une table, crier en pointant du doigt, claquer
les portes, serrer les dents, devenir rouge et crier encore un peu. Tout
un tas de comportements qui me terrorisent encore quand je les vois
s’exprimer chez les autres, tant je ne les comprends pas.


La Colère, sur mes terres à moi, elle n’avait pas droit d’asile. C’était
comme si la parole était quelque chose de sale. Double tour de clé
général sur le chakra gorge, c’est ma tournée.
Ca veut pas dire que je n’en ai jamais ressenti. Au contraire. Je crois
que les sujets comme moi, qui ont ingéré l’enseignement selon lequel
la Colère, c’est vilain, ce sont les plus gros brasiers souterrains du
monde. Tu sais, ces reportages du dimanche aprèm, où tu comates
devant du magma rouge vif qui ruisselle sous terre à une vitesse ultra
flippante, alors qu’en surface, il se passe rien. Sorte de rage sourde, endormie.

Le soleil joue dans les feuilles d’un petit olivier, on entend les oiseaux et le Rotofil du voisin.
Et maman sourit, en faisant des sablés.


Je parle d’enseignement, mais en réalité, on ne m’a rien appris.
Personne ne m’a jamais interdit quoi que ce soit, je veux dire ; on m’a
pas inculqué que c’était mal, de ressentir des choses. J’ai juste appris par
observation. Jamais de cri chez moi. Jamais un mot plus haut que
l’autre.


Contiens, contenons, contenez.


Jusqu’à la maladie. Ne pas dire. Ne pas montrer, surtout. Ne pas
exprimer. La lourdeur écrasante des repas dans le silence. C’est peut-
être pour ça que je supporte pas le bruit des couverts.


Le silence, parfois, ça fait trop de bruit.

Les détonateurs de la Colère sont pourtant multiples, chez moi.
Comme chez beaucoup de monde, tu me diras. Mensonge, trahison,
injustice, irrespect, lâcheté, pour ne citer que ceux-là, font déjà bien l’affaire.
Puis alors les 5 en ligne, c’est le 14 juillet.
Tu sais, c’est comme dans ces jeux où faut arriver à placer toutes les boules
dans les encoches, et si la synchro est parfaite, ça actionne une porte.


Ma psy m’a dit que c’était quelque chose de normal et d’ancestral, que
d’exprimer de la colère. Bon évidemment, faut pas partir en Super
Saiyan tous les quarts d’heure, sinon ça vrille dans l’excès et on
apprécie plus. Tact et mesure, on a dit.


Alors aujourd’hui, j’autorise. J’autorise à passer le flot de feu, qui part
du ventre et court en aiguilles jusqu’au bout des doigts. J’autorise à
ressentir et à le dire. Ce n’est pas Mal. Ca ne fait pas de moi une
Méchante. Le feu est légitime. Je le laisse passer, sortir par où il veut,
où il peut. Comme il peut, mais qu’il sorte. Tout sauf le silence.


La Colère est mauvaise, lorsqu’elle est enfermée. Elle défile, par vague
au fond de la gorge. Apre, rêche, amère, tannique. Tu m’étonnes que
j’ai plus de thyroïde, à force.
On devient comme ces mecs qui gardent chez eux même leurs
poubelles. Ca sert à rien et ça encombre. Alors, ménage, poussière et
débarras. Faire de la place. Dégager l’espace.


Dans la fournaise, le tri s’opère. Laisser l‘aigreur à qui de droit. Laisser
entrer les choses Sincères.
Les agriculteurs font bien cramer leurs champs en fin d’été, pour
purifier leurs terres.

Par défaut
Le syndrome de la plante grimpante

WALK YOUR TALK

Y’a pas longtemps, une sage m’a dit (oui, c’est toi, Agnès, coucou ! ) :

-‘’ Si tu veux apprendre à dire Oui à la vie, faut commencer par apprendre à dire Non’’.

Chui restée bien perplexe face à cette annonce. Pourtant, ça m’a parlé. Parce que dire Non, c’est pas tellement dans mes fonctions naturelles. Je veux dire, ça relève pas du tout de l’acquis. On est même plutôt clairement sur de l’Epreuve dans la douleur, le sang et les loups.

La fameuse Autorité intérieure. Ce truc qui fait que tu te respectes et que, par extension, tu te fais respecter. Timide, translucide, exsangue. Un étau autour des cordes vocales. Un bâillon sur le libre-arbitre. Un héritage multi-décennal de Culpabilité, en chape de plomb, marbre, acier, (mais avec des vermicelles de couleurs dessus, pour faire passer). Se positionner. Dire, faire et l’assumer. Etre OK avec l’idée de Décevoir.

Peur d’échouer, du coup. Mais quelque part. L’échec, il reste confortable. On est copains, avec l’Echec. Je le connais bien ; on en a fait, des soirées pyjamas, tous les deux. Et des nuits blanches.

J’y suis habituée, à mon Echec, puis les autres aussi.

‘’T’aurais pu faire teeeeeellement mieux’’.

Que ce que tu fais.

Que ce que tu es.

‘’T’aurais pu faire ci, t’aurais pu faire là. Avec les facilités que tu as. On comprend vraiment pas.

Et Blablabla. ‘’

Mais la peur d’échouer finalement, elle est bien moins pire que la peur de Réussir.

Réussir, c’est sortir de son trou. S’exposer. Beh oui, on se rappelle pas vraiment de ceux qui échouent. Jean-Jacques qui arrive 112ème au cross annuel de Pompertuzat, on s’en bat les reins tous en cœur.

Ceux qui réussissent par contre, ils sont dans la lumière. Plein phare. Et moi, y’a rien au monde que j’aime moins qu’on me Voit.

Les autres d’abord.

Allez-y, passez devant. Tous, autant que vous êtes. Je vous donne ma place, ma bagnole avec les clés dessus, ma force vitale jusqu’à la dernière vapeur, mes inspirations, ma blouse, le tapis rouge, un café, Tout. Vous d’abord et moi plus tard. Résiste et résiste encore.

Tout sauf la lumière.

Mais ces Autres, Chaton, ils t’attendent pas. Ils tracent et ils ont raison. Si tu prends pas ta place, on te la donnera pas.


Ni sur le périph’.

Ni sur un terrain de hand.

Ni chez l’éditeur de tes rêves.

Réveille-toi. T’es là. T’es pas moins, t’es pas pire.

Est ce qu’ils m’aimeront encore, le jour où je vais cesser d’avoir peur de les décevoir ? Et toi ?

Parce que c’est en train d’arriver, là. Je sens que ça Pousse. Manque juste une ou deux secousses.

Sois qui tu es.

Pense ce que tu dis.
Fais ce que tu crois.

Comment on dit, déjà ?

Walk your Talk.*

* Marche ta parole

Par défaut
Fucking Mommy

La Couleur du Cartable

Fin de l’année scolaire. Déjà. Encore. Le mois de juillet qui pointe,
avec son petit lot d’incertitudes estivales concernant la Suite.

J’ai eu la meilleure enseignante que je pouvais espérer pour Lui, et j’ai pu
garder la meilleure AVS* de la terre, celle que je voulais, aussi.

(*Auxiliaire de Vie Scolaire. On dit AESH maintenant. Accompagnant d’Elève en Situation de Handicap. Mais c’est encore plus relou).


C’est souvent comme ca, hein. On se rend bien compte de ce qu’on
avait une fois qu’on l’a plus. Bon, moi je le savais, qu’on avait du
bol. Le beurre, l’argent du beurre. Et puis deux crémières.


C’était pas que de la chance, faut bien l’admettre, secouer le cocotier
fort et très tôt a aussi permis de vous en faire tomber, pile sur notre
route.


Alors Merci à Toi, Maîtresse, et à toi, notre chère AVS, d’avoir
réellement mis du sens sur le mot « Inclusion ». Merci de pas l’avoir
laissé à l’état de joli concept, qui fait bien en réunion.


Merci de m’avoir permis de chanter à la terre entière, que mon Chaton
avait une enseignante et une accompagnante du tonnerre.


Vous savez, dans notre cas, c’est un truc plus prisé qu’une place à
l’ombre chez Ikéa. Nous autres, parents d’enfants ‘’magiques’’, prions
chaque année tout ce qui est priable, pour avoir de la Chance, Encore.
Ou de la chance Enfin, c’est selon.


Au moment où le reste du monde se demande quelle couleur ils vont
choisir le cartable en septembre, ma question à moi, c’est ‘’Est ce
qu’il y aura encore une AVS, pour mon p’tit Chat ?
‘’


Ou une maitresse, qui prendra le temps de causer pentagone et
cylindre à tête plate avec toi, entre deux sessions ‘’peinture aux
doigts
’’ auxquelles tu participeras pas.


Moi j’en rêve, de me soucier de la couleur du cartable.


Merci à vous, donc, de m’avoir soulagée durant quelques mois, de ces
préoccupations que le commun des mortels parent ne soupçonne pas.


Merci pour votre implication et ces initiatives personnelles qui font
souvent pencher la balance. Merci de faire désormais partie du club
très sélect de ceux à qui il fait Confiance.

Merci d’avoir accompagné mon Poussin jusque là, et Merci d’avoir su
faire avec ‘’ce qui ne se voit pas’’.


Merci de ne pas m’avoir envoyée la facture de flotte de l’école des 3
dernières années, et Merci de lui avoir donné du Temps et de l’Amour,
sans les compter.


On sait jamais ce qu’on va gagner. On sait seulement ce que l’on perd.
A l’édifice de sa vie, vous avez empilé vos pierres.


J’ai vu que c’était Possible. J’ai vu que ça Existe.


Et j’aime à croire que d’autres étoiles prendront encore soin de mon
Fils.

A Marion et Marina

Et à toutes celles qui ont à cœur de considérer Tous les
Enfants, dans l’authenticité de ce qu’ils sont.


A vous les profs, et les accompagnants ; Delphine, Marine B, Ma copine bloggueuse Shivamama, Olivier, Gaëlle,
Mathilde, Isabelle, Laurie, Lucie, Pauline, Aurélie, Elodie, Cat, Aurore,
Julie, Dorine, Marine P. …

Par défaut
Fucking Mommy

Papillons Pardons

Mon Petit Bouchon d’Amour, ce soir c’est à toi que j’écris,

La circonstance est pas très fun, mais c’est la vie, à priori,

Le moment m’a semblé opportun pour te causer comme un poème,

Peut-être que j’avais très gros besoin, de t’exposer comment je t’aime,

Tu vois mon p’tit fretin, chui arrivée dans cet appart’ avec les mains qui tremblent, 

Et malgré ça,

J’ai collé mille papillons sur les murs de ta chambre,

Comme autant de pardons pour ne pas avoir su rendre,

Hommage à ton enfance,

Pas avoir pu attendre, un peu moins d’innocence,

J’ai collé mille papillons, sur les murs de ta chambre,

J’en ai lâché tout un carton, comme pour me répandre,

 En tout autant d’excuses, à genoux devant toi,

Que tes grands yeux récusent à chaque ‘’ je veux papa’’,

J’ai collé mille papillons,

Et pour ton Frère, ses étoiles, sa Lune et ses chères planètes ;

Quand à ce moment même, on me disait ‘’ t’inquiète,

Elle a même pas 3 ans, c’est à peine 30 mois, des souvenirs de vous 4, elle en aura même pas ’’,

Supposée me consoler, cette phrase est une bombe, à la tête, au cœur, à la culpabilité, c’est la plus triste nouvelle du monde,

Tu ne sauras de nous que ce qu’on te racontera, et j’te vois déjà écouter l’Histoire,

Ta casquette à l’envers, ton doudou sous le bras,

Comme si j’te parlais du Père Noël, de la p’tite Souris, comme un conte du soir,  

Un truc un peu abstrait qui fait faire de beaux rêves, 

Mais qui s’est envolé quand le soleil se lève,

Aujourd’hui tu vois, la baraque est mieux rangée qu’après le Grand Ménage Annuel,

On a divisé par 2 le café,

Et par 4 le bordel,

Parce que ça y est, j’ai du temps, pour ramasser les voitures, les godasses et les poupées,

Parce que ça y est, j’ai même du temps pour regarder la pluie tomber,

Le temps de penser, courir, et même le temps de lire,

Mais surtout le temps d’attendre,

Le retour de ton rire,

Je me retrouve à cette place, que j’avais crue dédiée aux faibles,

Et je ramasse en pleine face, que dans la vie y’a pas de règle,

On était les plus forts, solides et à l’abris,

On était les cadors des darons avertis,

Et ce soir je suis là, à partager l’impartageable,

Ton odeur, tes câlins, tes mots nouveaux, tes matins,

Tes premières fois et tes exploits, ta tronche d’Amour en pyjama,

Ma petite Torpille, tu vois,

J’ai collé mille papillons, sur les murs de ta chambre,

Comme autant de pardons de t’avoir dérangée,

En plein début de ta vie la plus tendre,

En plein élan vers ta troisième année,

Il ne me reste qu’à te promettre,

Pour éponger l’offense faite,

Que je déploierai pour toi tous les trésors de mon cœur,

Afin qu’après l’orage, fleurisse ton bonheur,

Et puis s’il faut encore des papillons, sur les murs de ta chambre, les portes et les balcons,

Des papillons jusqu’au plafond, pour te demander Pardon,

J’irai te chercher une volière, avec de vrais lépidoptères,

On ouvrira grand la cage,

On laissera tout le monde s’envoler,

Et on arrachera la page,

De cette vilaine année,

On commencera le livre

De notre nouvelle vie

On continuera de vivre

Comme si rien n’était écrit …

Par défaut
Le syndrome de la plante grimpante

Dans tous les sens

Afin d’étoffer un peu le concept de parasitage sensoriel, j’ai essayé de réfléchir à ce qui pouvait être gênant, dans ma vie d’Hypersensible notoire. C’est qu’il y a un sacré paquet de trucs … et qu’il est impossible de penser à tout. Échantillon.

*Le toucher*

– Toucher une éponge pas essorée

– Enlever avec mes doigts la bouffe coincée dans le siphon de l’évier

– Toucher ET sentir de la viande crue

– Ramasser avec ma main les restes des autres sur la table

– Toucher l’intérieur d’une tomate (je te le concède, ce n’est pas une étape incontournable dans une vie, mais ça peut arriver).

Il semblerait toutefois que j’ai l’intolérance subjective, car venant de mes enfants, je peux –presque– tout supporter. On m’a vomi dessus, pissé dessus, j’ai accepté qu’on m’offre une crotte de nez gênante et j’ai pêché dans ma main du caca dans le bain.

Au sujet du Toucher, y’a aussi un truc qui se joue avec les vêtements. J’aime par-dessus tout, être habillée et chaussée avec des trucs confortables. Les vêtements trop près du corps accentuent mon malaise global ; social et corporel. Le string est un concept complètement impossible, les talons hauts également. L’un comme l’autre me donne l’impression d’être gracieuse comme un flamant rose. J’éprouve déjà grand peine à me présenter correctement et corriger sans cesse ma posture ratatinée. Alors une culotte rentrée dans les fesses ou une tige sous le pied, ça relève clairement de la torture. En fait, j’ai très vite l’impression d’être déguisée. J’ai affectionné très fort les vêtements de sport, de ma petite enfance jusqu’à la fin d’adolescence. Non pas par ‘’goût’’ vestimentaire ; j’en ai jamais vraiment eu et beaucoup de mal à y trouver de l’intérêt. C’était essentiellement une recherche de ce confort et aussi de camouflage, que ces vêtements amples permettent.

*L’Odorat *

– La bouffe froide, toujours elle. L’effluve d’une boite de conserve fraîchement décapsulée m’envoie aux portes de l’Enfer.

– L’odeur de cuisine du lendemain.

– L’odeur des vêtements restés dans le placard, ou en cartons. Ou celle des vêtements de mes colis Vinted, aussi lavés soigneusement soient-il. Ca sent ‘’chez les gens’’ et ça me dérange, jusqu’à ce que je les relave. 

– L’Odeur des gens eux-mêmes. Mention spéciale pour l’haleine, certains parfums, la transpiration et la clope. L’autre jour, j’étais à l’étage en train de coucher mes Nains d’Amour et j’ai ‘’senti’’ qu’une copine était rentrée et m’attendait dans mon salon. Elle avait amené une pizza chèvre-miel, mais c’est elle que j’ai sentie. Dieu préserve, son parfum est très agréable (coucou Popo).

Du côté de l’Odorat, il y a aussi de chouettes choses auxquelles je suis très sensible (on a dit que l’Hypersensibilité, ce n’était pas QUE de la merde, rappelle-toi).

J’aime très fort :

– L’odeur de l’herbe coupée

– l’odeur du bois

– l’odeur du thé au jasmin

– l’odeur de dehors, après la pluie

– l’odeur de mes enfants (toujours eux)

– l’odeur de l’intérieur d’un livre

– l’odeur du feu de cheminée.

* Le Goût*

Trop rien à dire là-dessus, mis à part que j’aime beaucoup trop le sel.

*La Vue et L’Ouïe*

Ces deux-là, je les mets ensemble car ce sont pour moi ceux qui prennent sans conteste le plus de place et de manière très souvent simultanée. Je peux même dire que je lutte beaucoup contre l’envahissement, très souvent.

La lumière. Le mouvement. Les détails. Un cadre pas droit sur le mur, derrière quelqu’un qui me parle et je vais être gênée pour écouter. Globalement, il y a un demi-milliards de trucs qui rendent ma concentration difficile, voire réduite à néant, quand on me cause. Le cadre de travers, à l’image de tout Détail venant perturber ma sérénité oculaire.

Pendant que tu me parles, je vais malgré moi commencer à compter les carreaux sur la nappe, ou les petites fleurs, ou les trous de dentelle. Ou tout ce qui peut se compter. Je vais les compter et espérer que ça tombe sur un chiffre pair, parce que c’est mieux quand même, les chiffres pairs.

Pendant que tu me parles, je vais tenter de ne pas focaliser sur ce poil de sourcil qui est pas rangé comme les autres, ou sur l’imperfection de symétrie de la bande de tapisserie derrière toi. Je vais également lutter pour ne pas m’arrêter sur tes tics de langage et ne pas compter combien de fois tu as dit « bref », ou « voilà », ou « en fait ». Je vais recroqueviller très fort mes orteils si jamais une faute de français t’échappe.

Je déteste les mots compliqués, pompeux, spécifiques ou scientifiques et les « jargonnages ». Par exemple, quand on parle de « la substantifique moelle » de quelque chose.

Dieu que ça me stresse. Déjà parce que t’es obligé de dire « substantifique » en articulant, sinon tu peux pas le dire, et parce que le mot « moelle », je le trouve profondément dégueulasse et j’ai l’image d’un os à moelle qui trempe au milieu d’un pot au feu.

Et forcément, le temps que je pense à tout ça, tu te doutes bien que je ne sais plus du tout de quoi on me parle.

Ha, y’a aussi les gens qui emploient des mots en anglais comme « on a brainstormé », ou j’ai une « call conf ». Ça m’ennuie beaucoup.

Non, j’en ai pas rien à faire, quand tu me parles. Je dois juste faire des efforts surhumains pour rester avec toi, souvent.

Tout est parasite. Une porte de placard ouverte. Le cordon gauche de ta capuche de veste, plus long que le droit. Et je te parle pas des conversations croisées, genre le repas de Noël où chacun a envie de parler à celui qui est de l’autre côté de la table, derrière les huîtres et le chapon.

Ou bien encore, du contexte du restaurant. J’ai souvenir d’une soirée au resto avec un ami. On avait réservé à l’extérieur, en terrasse. Il y avait un vent dingue, un monde dingue, et une tablée qui parlait en espagnol à côté de nous. Je regardais mon copain, mais je ne l’entendais pas. J’étais comme paralysée dans ma tête. Je n’ai pas réussi à gérer l’afflux d’informations. On a dû demander une table à l’intérieur.

Pour l’oscar de l’hyperacousie, je nominerais, dans la catégorie ‘’dégoût’’ :

  • Les bruits de bouche en général, croquer, mâcher, aspirer … avec bonus, si c’est fait en mode bétonnière grande ouverte
  • Les craquements de doigts
  • Le brossage des dents  
  • La déglutition
  • La toux grasse ou les reniflements

Et dans la catégorie ‘’agressions ultimes ‘’ :

  • Les bruits de verre et de vaisselle (idéalement, il faudrait que j’aille attendre dans le jardin quand quelqu’un vide le lave-vaisselle, mais en janvier, c’est chiant)
  • Les motos
  • Les feux d’artifice
  • Le tonnerre
  • La télé ou la musique estimée (toujours) trop fort
  • Le bouchon de champagne (parce qu’en plus, y’a le suspense)
  • Le sèche-cheveux
  • Les jouets musicaux
  • Les cris de mes enfants en mode ultrasons.

En parlant d’ultrasons, le médecin ORL qui m’a fait passer l’audiogramme pour évaluer mon hyperacousie m’a dit ‘’ tiens c’est rigolo, vous entendez des fréquences comme les dauphins’’.

C’est très poétique dit comme ça, mais en réalité, c’est pas pratique.

Enfin tu vois, je pourrais t’en parler longtemps. Souvent, quand j’essaie d’expliquer pourquoi je suis fatiguée, on est dubitatif sur tout ça.

<< Elle doit exagérer un peu, tout de même >>.

Et non pourtant, j’exagère pas. C’est autant de paramètres avec lesquels je dois dealer tous les jours, pour éviter de quitter le monde des vivants et partir vivre dans une grotte.

Quoique, ça raisonne, les grottes.

Et partir vivre dans un champ. Ne voir que les gens que j’ai choisis, quand j’ai choisi, ne plus jamais aller chez le coiffeur, faire livrer mes courses par Picard et me nourrir dans des assiettes en carton.

Ooooupla, faut que j’arrête. C’est vraiment trop tentant.

Par défaut
Le syndrome de la plante grimpante

Et la Plante Grimpante, donc … ?

Il y a bien un moment où tu vas te demander pourquoi j’ai appelé une catégorie d’articles comme ça. Je vais t’expliquer. C’est pour ça qu’il est spécial pour moi, ce nouveau blog, tu vois.

On va déconner, mais pas que déconner.

Je vais aussi te raconter comment mes pensées s’organisent un peu comme le réseau fluvial européen.

Ou comme le lierre, sur la baraque de ta mémé.

Pour ça, il faut remonter à la presque Genèse. C’était l’année de mes 19 ans. Un jour d’hiver, je suis partie avec les sous de mon Noël chez une psy, pour passer un test psychométrique, qu’on l’appelle. J’avais un trop gros paquet de dysfonctionnements multi-étagés sur divers plans de ma petite existence (on y reviendra, parce que c’est foutre long). Sur les bons conseils d’un prof de maths, j’avais décidé de me soumettre à l’Evaluation. Qui fut sans appel, à la récupération dudit bilan, quelques semaines plus tard.

Au milieu de toute une liste de trucs spécifiques cotés et normés, j’ai retenu :

  • que je souffrais d’une dyscalculie et d’une dyspraxie à l’état quasi pathologique ;
  • une représentation spatiale aussi misérable (il semblerait que ça aille souvent ensemble) ;
  • ce total score qui semblait avoir le mérite d’être mentionné (non, tu sauras pas).

J’ai terminé de lire mon papier dans la rue, sur le boulevard principal de mon bled, en rentrant à mon petit studio d’étudiante en droit ayant abandonné la fac (expérience absolument traumatique) au bout de 3 semaines.

Et puis, j’en ai fait une boulette et je l’ai balancée dans une poubelle.

<<WHAT THE FUCKING FUCK ?!>>, te dis-tu.

Oui, j’ai vraiment fait ça, pour une sombre raison de culpabilité envers mes parents et également un très fort malaise que je saurai se nommer, plus tard, Syndrome de l’Imposteur.

Le syndrome de l’Imposteur, c’est quand tu as l’impression de :

  • ne pas mériter (tes qualités, capacités, possibilités, compétences) ;
  • ne pas être à ta place. Jamais. Nulle part. Avec personne.

Extrêmement déroutant donc, que d’entendre, à son propre sujet, à l’époque, l’évocation du terme ‘’surdouée’’.

<< Surdouée de quoi ?>>, me suis-je dis.

Je suis une catastrophe scolaire depuis l’âge de 12 ans. Je ne sais pas compter. Je ne supporte AUCUNE méthode d’enseignement secondaire. Je suis incapable de garder mes amis. Ou de m’exprimer en public. Je ne suis brillante en rien. Je suis impopulaire et je ne sais même pas m’habiller correctement, parce que j’en ai très clairement rien à branler.

Surdouée de quoi ?!

Dans l’inconscient collectif –et donc, le mien-, une personne surdouée, c’est un génie. Des maths, de la physique, ou bien qui apprend le serbe en 8 jours. C’est un mec qui sort de médecine à 14 ans. C’est quelqu’un qui fait quelque chose d’exceptionnel des capacités exceptionnelles qu’il sait qu’il a.

Alors des fois, c’est peut-être comme ça. Et tant mieux. Mais souvent, je crois que ça l’est pas du tout.

J’ai jeté mon papier parce que j’étais un Echec ambulant. Je n’ai pas voulu m’occuper, ou me préoccuper de ce truc-là. J’ai même voulu l’oublier. D’ailleurs, je n’ai quasi pas de souvenir du détail du contenu. A part vaguement des ronds de dominos je crois et puis des cubes. Et ce total.

Je me rappelle des numéros de téléphone de mes copines du CM2, mais pas de ça. La mémoire sélective, donc.

Aujourd’hui, on ne dit plus ‘’surdoué’’. On dit surefficient, HP, HPI, THPI. Ou même on dit ‘’zèbre’’ (va savoir pourquoi). Et ce qui caractérise, de façon assez universelle, la zébritude en question, c’est ce mode de pensée. On la dit ‘’arborescente’’. Elle porte bien son nom.

Moi, je pense en tâche de vin sur une nappe, pour un sujet cool.

Je pense en lierre ou en passiflore sur une façade de grange, pour un sujet un peu tendu.

Et je pense en barrage qui cède un jour de grande crue, quand le sujet m’est grave.

Je pars de Marseille et j’arrive en Italie en passant par Quimper.  

La plante grimpante, c’est celle qui continue d’envahir le mur, même quand tu t’es acharné(e) à lui poser des tuteurs partout. Le jour, la nuit. Elle est inarrêtable, infatigable. Ne tarit jamais.

Tu comprends maintenant, qu’il me fallait une catégorie entière pour y ranger toutes les branches. Elles sont nombreuses, je vais surement te les raconter souvent. Parce qu’aujourd’hui, ça me fait – enfin – du bien.

J’ai plus peur. J’ai plus honte.

Je ferai pas l’Olympia demain, mais j’ai pas envie non plus de vivre sous terre.

Je suis comme je suis. Et finalement, je crois que c’est pas si mal.

Je ne suis plus coupable. Ni redevable.

Aujourd’hui, je suis à ma place.

Par défaut
Le syndrome de la plante grimpante

La Panne des Sens

J’ai longtemps perçu mon Hypersensibilité comme quelque chose de réellement handicapant, tant elle se trouve absolument partout. Elle fait partie de tout. Impacte tout. Et surtout : conditionne tout. Tout ce que je fais. Tout ce que je ne fais pas. Tout ce que j’ai eu fait, puis plus fait. Parce que c’est plus simple de ne pas faire, que de faire dans la douleur. Ne pas faire et laisser alors toute la place à de réelles mauvaises choses, telles que les angoisses, par milliers, l’inertie, dont découle immanquablement la routine, pétrifiante, mortifère. Et puis aussi la triade infernale ; aigreur, peur, rancœur.

Ha, l’évitement. Tellement plus immédiatement accessible. Aller s’allonger gentiment dans le cocon confortable de l’Habitude. On se met là, bien tranquille, on tire le petit plaid douillet en polaire sur les jambes, comme le mouchoir sur un problème. Et voilà. Le tour est joué. Jusqu’à la fois prochaine, où une nouvelle Hypersensibilité se pointera et où on fera exactement la même chose. Ne voir que le repli, comme survie.

Trop de gens à cette soirée. Mieux vaut ne pas y aller.

La météo va vite changer. A quoi bon aller se promener ?

Que va-t-on penser, si je porte ce manteau qui ne plait qu’à moi ? Peut-être devrais-je mettre autre chose. Ainsi, on ne me verra pas. Ou ne pas y aller, là non plus. Remarque. Çà sera moins compliqué.

Ne pas faire. La solution à tout, fusse-t-elle bien dommageable, pour moi et les personnes qui m’accompagnent.

Et si … c’était pas si grave … ?

Et s’il était possible de passer du statut d’esclave de ses sens, à celui d’exceptionnellement chanceux ?

Je t’entends d’ici, toi qui côtoies les affres dont je parle.

Chanceux … ? Crois-tu vraiment que ça soit une chance, que d’entendre un tic-tac derrière trois portes fermées … ?

Peut-être pas. Par contre, tu es chanceux de ressentir et vivre la musique, dans tous ses détails. De frissonner de haut en bas à la première, comme à la 53ème écoute de ce morceau, sans que tu saches précisément pourquoi.

Je t’entends encore.

Mouais. Et suis-je aussi chanceux, de me sentir à ce point violenté par les Autres ? Giflé par la médiocrité, agressé par la bêtise, bousculé par la méchanceté ?

Peut-être pas. Par contre, tu es chanceux de parvenir à lire une personne sans qu’elle ne te dévoile la moindre page. Tu es chanceux de cette intuition, qui te fait ressentir ceux qui te font du bien. Car tu sais, avec une marge d’erreur un peu moins importante que les autres, à qui tu ne perds rien à donner.

Pourquoi pas… Mais, suis-je chanceux alors, de me sentir si fragile dans une foule, oppressé par la proximité, maltraité par une simple bousculade ? Chanceux, de sentir monter le Big bang dans mon ventre, lorsque tout à coup vous êtes si nombreux que je suffoque ?

Peut-être pas. Par contre … Tu es chanceux de t’émerveiller d’un paysage comme d’une œuvre d’art et de pouvoir toucher, devant une œuvre d’art, l’âme de celui dont elle émane. Tu es chanceux de ces picotements dans la nuque et du moindre cheveu irisé au sommet de ta tête, au contact de tes pieds nus plongeant dans le sable. Ou bien d’un baiser de l’être que tu aimes, posé au coin des lèvres. Cette émulsion épidermique, comme un chat sous une caresse.

Ne pourrait-ce pas alors être une chance que d’être naturellement équipé de ces antennes ? Sentir, partout dans le corps, cette connexion inconditionnelle à tout, que certains passeront une vie à espérer connaître ?

L’hypersensibilité ne se choisit pas. Mais finalement, il n’est peut-être pas inéluctable de la subir.
Fermer toutes les portes et avaler les clés.

Ou alors …

Laisser grand ouvert, que circulent le vent, le chant de l’oiseau, le bruissement des feuilles, et la lumière. Les larmes, les éclats de rire, les frissons et la vie.

Et puis cette musique.

Pour la 54ème fois.

NB : je dédicace cet article à celui qui fut notre ami. Un vrai hypersensible. Hyperactif. Hyper-réactif. Hyper tout. Hyper trop. On garde le meilleur. Et y’en a plein. A plus, Didge.

Par défaut
Fucking Mommy

2 enfants : ressentis 14

Aujourd’hui, j’ai envie de t’entretenir au sujet d’un des merveilleux moments de la journée d’un enfant de moins de 6 ans (pour parler de ce que je connais). Pour ne pas dire LE moment. L’enchantement le plus absolu. Un instant de grâce ultime : LE SOIR.

Précisément, l’à partir de 18h30. Et comme j’aime bien te raconter LE truc qui va vraiment te parler, je vais rajouter un ‘’précisément bis’’ : à partir de 18h30, quand ils ont pas fait la sieste.

Houuuu je sens que tu sais. Et tu sais que je sais que tu sais.

Que ça soit l’été, soleil encore haut, et chaleur pesante, ou bien l’hiver, nuit déjà noire et givre sur la vitre, la fin de journée possède son petit goût à elle. Ce fumé bien particulier, que tu reconnais entre mille. La fin de journée, elle a la saveur de la Trime.

Ça commence tranquillement par un jeu con, que tu sais que ça va mal finir. On court en chaussettes dans tout le salon, pour aller se jeter comme une otarie sur le canapé, par exemple. Tu sais, le genre de jeu où inévitablement, y’en a un qui va se fracturer la vie en deux sur un coin de table basse.  Eux-mêmes, ils savent plus trop distinguer s’ils jouent en mode ‘’bon enfant’’ ou bien dans l’intention de pousser l’autre à sa perte. Ça joue bipolaire ; ça rit et ça couine en alternance, jusqu’au BOUM final et au hurlement sincère.

Tu vas ramasser le grand perdant au jeu de l’otarie et tu diligentes la troupe vers la salle de bain, pour embrayer sur la phase 1 de La Soirée de Semaine avec Enfants de moins de 6 ans.

Alors, j’ai lu dans certains articles, que dans certaines familles,  pour certains enfants, le bain était un moment d’apaisement et de retour au calme.

Je ne sais pas dans quelle contrée vivent ces gens, mais il faut que je les rencontre. Peut-être que j’en verrai un jour, dans ‘’Rendez-vous en terre inconnue’’ ?

En vrai, si chez vous le bain c’est une séance de méditation à ciel ouvert, contactez-moi immédiatement pour me dire ce que vous mettez dedans. Que je passe pas une journée de plus sans le savoir.

Non parce que je t’explique ; chez moi déjà, c’est Interville dans toute la baraque pour les neutraliser en vue de les amener vers la baignoire. Après les négociations, les menaces et le chantage, ils sont dans l’eau (et OUI, je fais ça, et OUI, tu peux me juger, mes principes aujourd’hui se limitent à ‘’plus de barbe à papa avant la salade’’).

Généralement, toutes les activités deviennent envisageables : arrosage intensif surtout, (dommage qu’on fasse pas pousser du maïs, on aurait les plus beaux épis du Comté), chasse sous-marine, pêche aux canards, puis doucement on va partir sur un Ventrigliss de bon aloi, planté de genou dans les côtes adverses, partie de gifles mouillées, vidage de seau sur la tête eeeeet c’est là que j’interviens, pour procéder à l’extraction du plus faible. Sous les hurlements de l’assemblée, instantanément à nouveau solidaire contre la toute-puissance maternelle. 

C’est le moment où je sèche n°1, qui hurle qu’il a froid, tout en se mettant accroupi pour me faciliter l’office, qu’alors, n°2 va s’adonner à de curieuses expériences. Toujours pareil, le genre d’action où tu te dis qu’il a plus toute sa raison. 

Par exemple chez moi, c’est le moment où ma fille va vider un demi flacon de savon sur sa main, le lécher, se mettre à pleurer parce que c’est pas bon, recommencer une seconde fois et pleurer plus fort. Là, tu le/la regardes en clignant des yeux, avec une absence totale d’expression faciale.

C’est ton enfant, tu l’aimes, mais à cet instant, tu ne sais plus quoi en penser.

Tu prends juste la mesure du fait qu’il est grand temps de passer à la phase 2 de La Soirée de Semaine avec Enfants de moins de 6 ans, à savoir le repas.

Je te passe le détail de la seconde session rodéo pour enfiler les pyjamas (parce que non, ils n’ont plus froid), et de la troisième session rodéo pour les asseoir à table.

J’ai la chance d’avoir un Élu ayant bien intégré que le soir, moins ça dure et mieux c’est pour la santé mentale de tout le monde. De fait, celui qui ne donne pas le bain aura géré le dîner. On s’installe donc à table, pour un repas d’en moyenne 12 minutes, que nous pourrons résumer comme suit :

  • Nouilles au sol : 9
  • Danette au sol : 25 g
  • Danette sur la baie vitrée : 12 g
  • Levers de maman pour aller chercher des trucs : 7
  • Température du repas de maman quand elle commence son assiette : 8°
  • Verres renversés : 2
  • Sopalin utilisé : 23 mètres
  • Pyjama à jeter : 1
  • Nombre de ‘’je veux descendre’’ incantés par La Pétoire : 88
  • Raisons invoquées par l’Astronaute pour se lever : 11 : allumer la lumière, aller jouer du piano, aller chercher un Mr Freeze, puis un jeu de Puissance 4, éteindre la lumière, fermer la porte, aller vérifier le programme en cours du sèche-linge, allumer la lumière, faire entrer le chat, éteindre le piano et claquer la porte du micro-ondes. 

Après un dîner en bonne et due forme, généralement chez moi, on dirait qu’une ogive est tombée sur la table.

Là-dessus on enchaîne sur la phase ultime de La Soirée de Semaine avec Enfants de moins de 6 ans : le coucher. En ma demeure, aucun suspense : tout le monde veut Maman. Si possible, en même temps. L’heure devient sombre, c’est 21h00, ils ont perdu tout sens commun.

L’un va se mettre à proférer des cantiques sanglotantes parce que son sticker Uranus se décolle, au-dessus de son lit. L’autre va littéralement dévisser, en jetant à toutes forces son doudou à travers la pièce, pour ensuite tomber à genoux en pleurs répandus, mains tendues vers ledit doudou, parce qu’elle le veut et qu’il est loin. Et répéter l’opération, 4 fois. 

Avec l’Élu, c’est le moment où on sait qu’il faut faire équipe. Enfin, deux équipes, en l’occurrence. Lui, il choisit souvent la Team ‘’je me couche avec toi et dans les 8 minutes, c’est mes ronflements qui te bercent’’. Moi, on me fait chanter ‘’Hallelujah’’ jusqu’à ce que mort s’ensuive (parfois 45 minutes, je chante Hallelujah’’. Respecte-moi pour ça).

Bon voilà. Neuf fois sur dix donc, un de nous (voire les deux) s’est endormi avec un gosse, émerge à 00h34, les cervicales en clafoutis, et n’a plus qu’à ramper au pieu, sans rien demander de plus.

Ainsi s’achève la Soirée de Semaine avec Enfants de moins de 6 ans.

La prochaine fois, je te raconterai comment ça se passe la nuit, chez nous.

Non parce que j’ai aussi lu, dans certains articles, que chez certaines personnes, la nuit, les enfants dormaient.

Par défaut